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Ministre de l’Education Nationale : le discrédit est total

vendredi 27 novembre 2020, par SNUipp 89

La FSU

La FSU et l’ensemble de ses syndicats nationaux ont publié une tribune intitulée : « Ministre de l’Éducation Nationale : le discrédit est total » et qui rappelle que « Face à ce discrédit fort dans l’ensemble de la communauté éducative, la FSU interroge publiquement la crédibilité du ministre actuel à continuer d’être l’interlocuteur des personnels et à conduire une autre politique éducative. »

Tribune FSU

Plus il félicite les enseignant-es pour leur engagement et moins ils et elles y
croient. Ses vidéos leur sont devenues insupportables. L’empathie médiatisée n’est que de façade.
Le double langage est de mise. Rarement ministre aura connu un tel discrédit chez les professeurs
et l’ensemble des agent-es de l’éducation nationale. Le silence répété sur les personnels non
enseignants (vie scolaire, PsyEN, personnels de santé et de service social, AESH, administratifs,
techniques, territoriaux...) est vécu comme une forme de mépris.
Dès 2017, il se lance dans son grand projet de façonner l’éducation nationale à son idée. Quel qu’en
soit le prix ! En s’appuyant opportunément sur une partie des recherches en neurosciences, le
ministre façonne une école qui deviendrait un lieu où le destin de chaque élève serait fixé dès le
cours préparatoire. Cette conception mécaniste des apprentissages nuit à la réussite scolaire des
enfants des familles populaires, et s’appuie sur des évaluations nationales dont le rôle est de faciliter
un pilotage vertical du système et de justifier a posteriori ce tri social.
La prétendue « justice sociale » du ministre fige en réalité les inégalités, voire les renforce.
Bienheureux les chanceux bien nés ! Le ministre empile les réformes vécues comme autant de
renonciations aux missions premières de l’école : dédoublement des CP et CE1 en éducation
prioritaire au détriment des enseignant-es surnuméraires, mise en œuvre de Parcoursup qui
amplifie les mécanismes de discrimination sociale et scolaire après le baccalauréat, dont il minimise
le caractère national pour instaurer l’évaluation permanente des élèves (E3C, enseignements de
spécialité), réforme de l’enseignement professionnel, qui retire toute perspective de poursuite
d’études aux élèves qui en sont issus en mettant en œuvre une véritable dérégulation de l’offre de
formation et une déprofessionnalisation des diplômes, réforme des programmes, démantèlement
programmé de l’éducation prioritaire... Tout confirme le retour à l’élitisme : la réussite selon le
ministre n’est décidément pas pour tous les élèves.
Jamais ministre n’aura été aussi injonctif. Circulaires et guides formalisent la vision pédagogique
ministérielle qui tient avant tout en un retour à des fondamentaux étriqués « lire, écrire, compter,
respecter autrui » tournant le dos à la construction d’une ambitieuse culture commune. La priorité
au primaire est également à double face : d’un côté des moyens qui de toutes façons étaient
nécessaires mais restent largement insuffisants et sont ponctionnés sur le second degré ; de l’autre
la satisfaction de sa vision passéiste de l’école symbolisée par le retour à la méthode syllabique et
la mise en place autoritaire d’un contrôle vertical du travail des enseignant-es. Le ministre fait fi de
l’expertise professionnelle des enseignant-es. La classe devient le lieu de l’individualisation des
apprentissages. Quel déni du travail quotidien des enseignant-es qui s’évertuent à construire des
citoyen-nes éclairé-es et intelligent-es capables de comprendre et d’agir sur le monde et des
personnels non enseignants qui y contribuent.
Les réformes sont mises en œuvre à marche forcée. Les voix critiques sont étouffées (création d’un
conseil scientifique « sur mesure » pour limiter les apports des sciences sociales et humaines,
renvoi du CNESCO vers le CNAM, minimisation du rôle du CSP et création du Conseil d’évaluation
de l’école…) ou enfermées dans un dialogue social de sourd.
La gestion de la crise sanitaire avec les mensonges sur les masques, les protocoles inapplicables,
l’information parcimonieuse et trop tardive, le manque d’anticipation, le déni sur les chiffres de
contamination des personnels et élèves… Sa communication faite d’aplomb et d’arrogance a fini de
retirer au ministre de l’éducation nationale le peu de crédit qui lui restait. Ce ministre pense une
école qu’il ne connaît pas. Quand on critique ses réformes, c’est lui que l’on critique.
Les tergiversations concernant l’hommage à Samuel Paty, qu’il a finalement saboté, ont été
scandaleuses et ont marqué les esprits.
Jusqu’à présent, le ministre se sentait protégé, inattaquable, ses dérives et les effets néfastes de
sa politique éducative étant difficilement perceptibles par l’opinion publique.
En créant de toute pièce un syndicat lycéen parce que sa réforme du bac était très contestée sur le
terrain ; il a voulu faire taire ses contradicteurs.
Toute la lumière devra être faite rapidement sur cette affaire et une enquête indépendante devra
être menée.
En tout état de cause, cela révèle au grand jour ce qui est une évidence à l’interne. Si l’école tient
encore c’est parce que les personnels font front et qu’ils et elles portent à bout de bras le service
public d’éducation grâce à leur conscience professionnelle et à leur volonté de faire réussir tous les
élèves.
Face à ce discrédit fort dans l’ensemble de la communauté éducative, la FSU interroge
publiquement la crédibilité du ministre actuel à continuer d’être l’interlocuteur des personnels et à
conduire une autre politique éducative.
Les Lilas, le 26 novembre 2020

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