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Syndicat National Unitaire des Instituteurs PEGC et Professeurs des écoles

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Un premier forum pour écouter parents, enseignants, élèves, élus...

mercredi 28 août 2002

Le système scolaire

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

Témoignages...

- Francine Garde, parente.
" La place des parents : celle que je souhaite prendre, celle qui est définie par les textes, et la place réelle vécue sur le terrain... Il m’est arrivée rarement de sentir le respect des parents de la part des instances de l’Éducation Nationale. Certaines demandes des parents suscitent des réactions de peur. J’étais perçue comme un élément menaçant. Le parent peut être toléré, mais sa présence dans les conseils d’administration est insignifiante et purement formelle. J’ai souvent pensé apporter une plante verte pour siéger à ma place dans les conseils d’administration.
Tous les enfants perçoivent finement la qualité du dialogue entre les parents et l’école. Ceux qui sont en difficultés les premiers... Le dialogue entre la famille et l’école est une des clés de la réussite scolaire.

- Jean-Claude Lemaire, maire
a évoqué l’importance de l’école dans la formation citoyenne, la nécessité de communication entre les élus et les enseignants, les efforts des mairies pour répondre aux nouveaux besoins en équipement et en sorties culturelles, la nécessité de réguler les écarts entre communes.

- Elie Patrigeon, élu des élèves au lycée Fourier

On voudrait se plaindre que l’information passe mal avec le conseil régional, l’inspection académique ou le rectorat. On nous annonce que la cour va être refaite en 2009. La complexité administrative pour monter un projet, trouver des financements, mais aussi de l’écoute. Même le format des photocopies se réduit faute de moyens...
La réussite scolaire, c’est sortir avec un bagage qui permette d’accéder à un emploi convenable.
L’école de demain, c’est une école qui ne laisse pas sur le bord de la route, sensible aux problèmes individuels de ceux qui sont en difficultés, proche du terrain et des villages, qui ne mette pas en avant que les filières les plus valorisées, qui valorise les filières technologies, qui écoute les délégués des élèves. Même si on se trompe, qu’au moins on nous réponde !
L’Égalité des chances, c’est notre ambition. Mais mesurons aussi notre chance : nombre d’Africains ne vont pas à l’École...

- Patricia Simard, enseignante :

Après 10 ans de ZEP de région parisienne, je me suis dit que j’allais faire plein de chose à la campagne. Et je m’aperçois qu’ici aussi, je fais du bricolage. On nous demande de faire toujours plus sans moyen supplémentaire. Les enfants sont orientés par défaut, faute de structures spécialisées : manque de places pour ceux qui ne peuvent entrer dans le système " normal ", échec programmé pour ceux qui vont en 6e sans qu’on ait réglé leur problème. Les prises en charge des Réseaux d’Aide se font au coup par coup, faute de moyens. Si les parents ne vont pas consulter, l’École ne va pas pouvoir tenir son rôle.
Les crédits entre classes vont de 1 à 10. La fourchette est énorme, les écarts injustes.
En tant qu’enseignant, je veux ouvrir l’enfant sur le monde extérieur, former des citoyens qui puissent appréhender le monde extérieur. L’enseignant n’est qu’une goutte dans ce que reçoit l’enfant.
Je travaille toute seule avec 28 élèves et deux enfants en intégration : je bricole... Je me sens comme une goutte d’eau insuffisante. J’essaie d’ouvrir la classe aux parents, mais il y a sans doute quelque chose qui ne va pas dans la communication entre parents et élèves. L’école ne tient pas suffisamment compte des différences sociales des enfants. Sans moyens, on n’arrivera pas à l’école pour tous, équitable...


Témoignages vidéo.

A quoi sert l’école ?

- Parents : " pour avoir un métier ", " mais le chômage... " ; " ne pas former qu’à un métier, mais avoir une formation complète si ça foire, le métier " ; " empêcher l’ignorance, l’enfermement dans son milieu " ; " apprendre à vivre en communauté, à se tenir. Et surtout la politesse, qui se perd " ; " Plus j’avance dans l’âge, plus je m’aperçois que la vie, c’est compliqué. L’école devrait surtout apprendre la vie " ; " L’école, c’est pour empêcher d’être un illettré à propos de la vie, comme moi... " ; " Je suis au chômage, mais je suis une femme debout parce que je sais réfléchir, ne pas sombrer dans l’aigreur, résister... Je le dois à mes professeurs qui ont formé mon sens critique, je leur en sais gré pour toujours... "

- Élèves : " apprendre ses tables, la nature, les planètes " ; " apprendre à lire, avoir un métier, plus tard " ; " se créer une situation, avoir un diplôme pour ne pas être dans la rue comme ceux qui ne font rien " ; " avoir une place stable, essayer de s’en sortir " ; " avoir une culture générale qui nous servira pour toute la vie " ; " forger le caractère : on ne vient pas tous du même milieu social, c’est un passage obligatoire " ; " aller le plus loin possible " ; " avec l’école, je n’ai pas confiance dans le futur. Pour trouver quoi, à la fin ? "

- Enseignants : " former des citoyens, intégrer, faire de la promotion sociale " ; " fabriquer des Français ", " pas forcément quelque chose de précis, c’est là tout son intérêt... " ; " aider les enfants à apprendre à se connaître " ; " amener les élèves comme il faut dans la vie active " ; "Apprendre. Mais l’école et la société ne sont plus assez séparées pour qu’on puisse jouer notre rôle d’enseignant : apprendre aux élèves... "

- Réaction Eric Favey (Ligue de l’Enseignement) :
On a la totalité des questions qui sont posées, avec toute la difficulté d’en traiter les deux aspects : un débat général surplombant, politique ; et en même temps le réel et ses contradictions entre les intentions et la réalité.
Se confrontent aussi l’hier, l’aujourd’hui et le demain : " trop souvent, on pense l’école pour une société qui n’existe plus... " disait un philosophe. Mais que sera la société dans 20 ans ? Le patron de Peugeot dit qu’il ne sait pas de quel métier il aura besoin dans six ans ! On comprend mieux le faux débat de " l’école inadaptée à l’emploi " (même si la question est réelle et que doit être travaillée l’articulation entre formation générale et professionnelle)
Les trois fonctions de l’Éducation ont volé en éclats (une école qui instruit, la famille qui éduque, les institutions qui socialisent). On apprend ailleurs qu’à l’école (1100 heures à l’école, 2000 h devant la télé ou les jeux vidéo), et on s’y éduque et on s’y socialise.. On ne va pas continuer longtemps à penser qu’il n’y a pas de relation. Mais où sont les passerelles ? L’École n’est plus le point de départ de tout, mais le lieu commun de tous. C’est difficile à penser parce que cela relativise la place de l’école, et nous oblige à la remettre d’aplomb sans que tout le monde comprenne la même chose. Comment se repérer, trouver ma place... " se dit chaque partenaire. L’Éducation Nationale est le premier budget de l’État, 25% de la dépense d’éducation vient des collectivités locales qui prennent en charge de plus en plus de questions éducatives, et 10% des parents. Jusqu’où peut-on décentraliser sans remettre en question l’Unité de l’État, des programmes ? On ne peut pas dire que la décentralisation a pour l’instant desservi le système scolaire (bâtiment, accueil), mais les disparités sont en train de s’accroître entre régions.
Dernier point : quelle place, quel retour possible en formation continue pour ceux qui ont été exclus de la machine
Il est sain de se poser ensemble toutes ces questions...


Débat :
- J. Pezennec (UFOLEP) : " Les mauvais résultats des enfants, dus à l’excès de télé ? Pourtant, la télé est un outil important qui devrait être démystifié à l’école.
- F. PARLY (candidate socialiste aux législatives) : " Je n’ai comme expérience que celle d’utilisatrice du système, il y a quelques années. Mon plus gros client, lorsque j’étais secrétaire d’État au budget, c’était le ministre de l’Éducation Nationale.
L’école forme des citoyens et lutte contre le déterminisme social, pour l’Égalité des chances. Dans un monde qui change de plus en plus vite, l’École est devenue le lieu où se fait l’éducation (pas seulement la transmission des savoirs), mais il est en concurrence, du point de vue de l’Éducation. De plus en plus de femmes travaillent, C’est un plus pour la société et l’épanouissement des femmes. Mais du coup, avant ou après l’école, l’enfant n’est pas pris en charge par la famille. Il faut que nous réfléchissions à la façon dont les enfants peuvent être accueillis, faute de quoi cela suscite des discours terrible sur les jeunes. " Vous comprenez, les enfants traînent dans la rue, cela suscite de l’insécurité " entends-je dire. Mais est-ce de la faute des parents, qui ne choisissent pas leurs conditions de travail ? C’est aussi de la responsabilité des collectivités locales pour assurer l’accueil hors du temps scolaire.
La grande difficulté des responsables nationaux de l’Éducation nationale, c’est de transmettre des savoirs égaux, mais on ne peut les accueillir tous de la même façon, parce qu’ils viennent de milieux familiaux ou sociaux différents. Comment donner plus à ceux qui ont moins ? Cela semble couler de source, mais nous nous sommes heurtés, ces dernières années, à l’uniformité du système qui a du mal à s’adapter à des enfants différents.
Une des difficultés est aussi de placer les différents types d’enseignements sur un pied d’égalité. Quand un enfant qui ne comprend pas la règle de trois est capable de monter et démonter une mobylette, c’est donc qu’il maîtrise la règle de trois ; tout dépend de le manière dont on lui apprend. Entre enseignement général et professionnel, il ne devrait pas y avoir les inégalités qu’on constatent, de la part de la société elle-même.
Dans un monde qui change, on doit pouvoir exercer plusieurs métiers. Nous devons enseigner non pas des savoirs qui vont se démonétiser très vite, mais donner la possibilité de s’adapter dans une vie à des savoirs différents ; C’est un défi formidable.

- Adjoint de M.Soisson, député :
Je suis plutôt là pour écouter et mieux comprendre. Nous sommes tous d’accord sur la double vocation de l’école : transmettre des connaissances et des valeurs républicaines.
J’ai rencontré durant la campagne, des gens formidables. Se battre pour le maintien des postes en milieu rural, une directrice de ZEP qui avait besoin de moyens et de mobilisation des élus et des relais de l’administration pour que l’Éducation Nationale ne soit pas cette machine qui broie la personne humaine.
Un chiffre à mettre au passif des 5 dernières années : des poches d’échec très importantes (60000 jeunes chaque année sans diplômes), la violence(225000 actes recensés par trimestre), un enfant de cadre a deux fois plus de chances d’être bachelier qu’un enfant d’ouvrier.

- Candidat (MPF)
Je suis un " républicain de l’autre rive ". L’échec scolaire dans l’Yonne est sans doute en rapport avec la difficulté économique. Je voudrais placer le débat sur le terrain des valeurs. L’École doit être porteuse de valeurs, les enseignants aussi Nation, Morale, Liberté. Si on n’y croit plus... L’idée nationale est une idée importante. On ne peut intégrer des enfants sans morale : demander la dépénalisation du cannabis, est-ce moral ? La Liberté ? Cela pose la place du système privé qui doit coexister, avoir les moyens d’être aussi un pôle d’excellence...
Il faut que les enseignants se remettent en question : est-ce que les enseignants transmettent bien tout ce qu’ils ont à transmettre ?

- Enseignante :
L’école, c’est la liberté. Avec mes CP, être en échec, c’est perdre sa liberté. Les enfants n’ont le droit de redoubler qu’un an. Je voudrais parler du rôle de la télé qui n’offre pas que des bonnes valeurs. Je ne pense pas que les parents aient peur de venir dans ma classe. Les parents se plaignent, mais nous aussi, les enseignants, on se plaint de ne pas avoir accès à la parole...

- FCPE Villeneuve la G.
On dit que notre collège est le dernier de l’Yonne. Je suis fatiguée de la réunionnite qui ne fait pas avancer grand chose... Morale, valeur, on n’entend que ça et ça ne sert à rien. Difficulté scolaires et difficultés sociales, c’est lié... On s’appuie sur le bénévolat, l’associatif... Mais ce qu’on demande, avec les enseignants et les mairies, tout le monde veut des moyens financiers. Le collège pour tous, c’est démago. Les enfants en difficulté ne sont pas plus idiots que les autres. Les parents ne peuvent pas forcément aider.
Il ne faudrait pas oublier les difficultés des enfants précoces qui sont là, mais n’apprennent pas plus.

- Abdel :
Ce n’est pas évident pour les parents. L’École, je trouve que c’est trop fermé, on a l’impression de gêner. Mais quand on a fait sa place, ça ne se passe pas trop mal.
J’ai eu la chance d’avoir des enseignants de qualité, mais je regrette qu’on ne les voie plus dans les cités, les associations. On en a un peu plus besoin dans les cités. Le bénévolat des enseignants est en régression. Je lance un appel...
Par rapport au politique, j’aimerais bien un consensus national et pas une réforme à chaque changement de ministre... Même si c’est vrai qu’on a l’impression que le mammouth est replié sur lui même, les moyens mal employés... Il y a comme un malaise. Nous partageons tous les mêmes valeurs, on peut se réunir pour les défendre ensemble.

- Franck Thomas :
La télévision...en tant qu’enseignant, je ne sais pas faire expliquer, démystifier la télé. J’aurais aimé l’avoir dans ma formation

- Eric Favey :
La question du décodage de l’image est récurrente, même si les usages se complexifient (plus de temps sur les vidéo et les ordinateurs). On ne fermera pas les tuyaux, la culture qui circule est très diverse et sophistiquée. Nous aurions intérêt à mettre en valeur les expériences qui intègrent la télé comme objet de travail (10000 enseignants) et en tirer des conclusions. Dans les 5 ans à venir, 1/3 des enseignants vont être renouvelés, peut-être auront-ils un meilleur rapport à l’image. Mais ça ne suffira pas car il faut coordonner politique scolaire, familiale, médiatique et de la jeunesse. On ne peut plus dissocier.
On peut rêver de remettre des leçons de morale le matin à l’école. Peut-être pourrait-on imaginer que la puissance de feu médiatique y contribue le matin...

- Parent, ancy le Franc, maternelle
Nous sommes depuis 75 jours en train d’occuper l’École. Nous aimerions bien vivre avec nos enseignants qui sont formidables. Mais on se trouve face à un mur. Ce n’est plus un mur, mais un blockhaus. Et pour les enseignants aussi. E que je constate, c’est que toutes les forces vives qui tournent autour de l’École sont là, sauf l’Inspection Académique. Nous prenons des demi-journées non-payées pour défendre les valeurs de l’École auxquelles nous croyons... Tout le monde nous rencontre, sauf l’Inspection Académiques qui refuse de venir nous voir...

- X : Amertume et colère. J’ai une fille qui a une maîtrise d’histoire-géo, elle occupe un poste d’emploi-jeunes au SMIC.

- Jean-Marie Rolland (maire de Vermenton) :
J’avais compris que le sujet était " quelle école voulons-nous ". Il faut proposer des solutions qui puissent réunir le plus grand nombre. ’est le moment. Il y aura un accord facile sur la nécessité d’acquérir le " lire-écrire-compter " dès l’École primaire. Il faut essayer d’y mettre les moyens de repérage dès l’École maternelle pour qu’on ne laisse plus sortir de l’École primaire des enfants en grande difficulté solaire.
L’École a un rôle d’ascenseur social. Dans les 20 dernières années, le budget de l’Ed Nat a doublé. Malgré cela, les résultats se sont dégradés, sauf dans la construction des établissements. La décentralisation du fonctionnement est source de progrès. Il est paradoxal de voir quelqu’un qui a voté le budget venir manifester dans leur circonscription les fermetures de classes. Je pense qu’il faudrait réfléchir à la décentralisation des moyens humains, de la gestion des postes. Un élu local ne peut refuser éternellement les travaux et les moyens de fonctionnements nécessaires...
Les moyens sont certes disparates et il faudrait trouver une solution pour mieux faire...
Tous ensemble, on peut trouver des solutions...


Témoignages vidéo :

- Bernard Charlot, sociologue :
Apprendre quoi ? On ne peut plus apprendre ne terme purement disciplinaire, mais en terme de sens : la biologie, c’est " qu’est ce que la vie, qu’est-ce que notre rapport au monde " ? L’Histoire provoque des réticences. Mais enseigne-t-on la filiation, le rapport au temps humain ? Mais le déficit essentiel me semble être la culture du Travail. Au delà du discours sur la formation professionnelle, que signifie " travailler " ? Certains ne savent même pas le travail que fait leur père, le travail est devenu invisible. Aller à l’école pour " avoir un bon salaire et un bon appart " n’a pas de sens si cela ne permet pas de découvrir le sens de la vie, le sens du travail, mais aussi le sens du plaisir.

- Francois De Closets
Ils doivent d’abord se familiariser avec les choses, les savourer, se les approprier de manière sauvage, puis se poser des questions, chercher le pourquoi, le comment. L’École fait à l’inverse : elle pose les règles de grammaire, le vocabulaire abstrait et les déclinaisons avant d’apprendre à parler la langue.
Réhabilitons l’erreur, phase essentielle de l’apprentissage. On apprend en se trompant, pas en commençant par l’abstrait et en dévalorisant l’élève qui apprend.

Lorsqu’on parle avec les élèves, ils ne mettent pas en cause la méthode pédagogique, mais la relation.
Il faudrait que la société demande à l’école et à ses enseignants, de manière non contradictoire.


Débat dans la salle :

- Martine Dubois, parent d’élève
Comme Elie Patrigeon, je pense que la parole des jeunes et des enfants est importante. Je suis scandalisée que ce respect de l’enfant soit souvent oubliée : conditions de travail ou de vie données aux élèves à cause d’infrastructures désuètes, carences des supports pédagogiques, rythmes scolaires...
Dans les conseils d’établissements, les parents sont toujours hors sujets, parce qu’ayant des revendications tout à fait prosaïques.
A quand la réduction du temps de travail pour les élèves de cycle II ? Les 40 heures sont souvent largement dépassées.
Quant au discours politiques, au delà des idées générales, je constate l’inadaptation totale des mots employés pour rendre compte de la réalité et de ses difficultés.

- Pierre Laguillaumie
Il n’y a pas de consensus sur l’Éducation. Quand une commune perd une classe ou qu’un diplômé n’a pas de travail qualifié, il s’agit d’une responsabilité de l’économie. Salaires, conditions de logement, licenciements.. Si on ne change pas le quotidien, l’École continuera à subir les pressions de la crise sociale, des échecs, des inégalités.
Résoudre les problèmes, c’est s’attaquer aux racines du mal : médias, logique économique qui veut transformer l’école en marchandise et la soumettre à la logique libérale, comme c’est le cas du lycée des métiers.
L’École est à un carrefour : elle doit à la fois se transformer et se préserver, trouver de nouvelles modalités de travail. Aucune réforme ne peut se faire sans les enseignants, à condition qu’ils aient les moyens de le faire. Que les candidats aux législatives s’engagent à doubler le budget de l’Éducation pour avoir le temps de construire le travail d’équipe, inventer un autre fonctionnement en prenant l’argent à l’armement.

- Brigitte Debelle
Je me retrouve dans la parole des spécialistes sur la construction de la culture scientifique. La souffrance des élèves et des enseignants, l’ennui des élèves devant les savoirs me pose question en tant que pédagogue . Les collègues peinent aussi à croire à l’école de la réussite. Si la progression générale du nombre de bacheliers est réelle, on a le sentiment d’être baladés, peu écoutés, sans savoir à quoi on sert exactement, quel rôle on veut faire jouer à l’École, quelle est la culture commune que doivent avoir tous les élèves pour le XXIe siècle, avec les enseignants, mais pas avec eux seuls : avec tous les citoyens.
Cela passe aussi par une transformation profonde de la formation, de la réflexion sur les contenus, de la maternelle à l’Université en passant par la voie professionnelle...
Dernière question : de quel milieu social viennent les enseignants ? Quel rapport ont-ils avec les enfants des milieux défavorisés, si on n’aide pas financièrement des étudiants de milieux populaires à devenir aussi enseignants ?

- Ligue des Droits de l’Homme :
Auto-censure.. Récemment, des enseignants s’enlèvent les baillons. Faire de la politique à l’école, cela peut être noble. Faute de quoi ils votent l’intolérance et la xénophobie...

- Gilles Mondémé :
Je sais au moins définir l’école dont je ne veux plus : la fille et servante du capitalisme, comme disait Freinet dans l’Educateur Prolétarien à une époque où le politiquement correct n’était pas encore de mise.
30 ans plus tard, les choses n’ont pas changé, comme disent Bourdieu et consorts : l’école reste vecteur de la reproduction sociale. Les " mérites " ont été remplacés par les " dons ", puis des " intelligences concrètes " avant qu’on trouve les " handicaps socio-culturels ". Ceux qui ne réussissent pas, ce sont toujours les plus exploités, les plus dominés.
Cette analyse politique doit se doubler d’un regard sur e qui se passe dans l’École. La meilleure défense du service public, c’est d’œuvrer à sa transformation, se poser des questions sur le fonctionnement, les habitudes qui font qu’on devient formé pour enseigner, mais pas tellement pour comprendre dans quelles conditions un enfant apprend. Je fais un plaidoyer pour la recherche pédagogique, pour ne plus rester sur le fonctionnement actuel. L’image d’Epinal de l’âge d’or de l’École est aussi véhiculé par certains types de discours médiatiques, les discours imbéciles sur l’illettrisme, la méthode globale... N’importe qui publie n’importe quoi, en étant sûr d’avoir une bonne pub médiatique. Si on veut vraiment changer, il faut mettre à bas ces vieilles représentations pour faire en sorte que les 12% diminuent de façon sensible...

- X, traductrice, parente d’élève :
Il y a un problème sur le niveau des enseignants. Dans le primaire, la liberté dans la classe est grande. Il y a eu plein d’expériences en Italie sur l’enseignement, pourquoi ne pas se pencher sur ce qu’il s’y fait...
L’ouverture aux parents, pour faire quoi ? Pour les enseignants, les parents sont " accompagnateurs ", point. Mais aujourd’hui, beaucoup de parents peuvent revendiquer le droit de pouvoir réfléchir dans un échange. Quand on essaie de parler, on nous ferme les portes en nous disant : " Mais vous vous mêlez de quoi ? ". On parle de réforme des programmes en primaire, mais il me semble que c’est au niveau de la maternelle qu’il faut faire des efforts, pour voir ce qu’il faut réparer.
On oublie toujours de budgéter les réformes : on va enseigner les langues ou donner l’esprit scientifique, mais comment se donne-t-on les moyens de d’informer, de former, de mettre en commun ?
A la campagne, nous passons après tout le monde, nous n’avons besoin de rien...

Orthophoniste :
Réintroduire la morale à la télé ? Ca me fait bondir d’imaginer que la télé prenne la place des enseignants. Et pour les tables de multiplication et l’Histoire aussi ? (suite non enregistrée)

- Patrick Picard (SNUipp)
Que fait le principal syndicat des instits et des PE dans ce collectif ? On tient autant à défendre les enseignants, qu’à ce que l’École fasse mieux réussir pour tous les enfants. Et comme les problèmes d’éducation ne sont pas simples, on tient à contribuer à ce que les acteurs concernés, enseignants, parents, élus, citoyens, se parlent et construisent ensemble des réponses politiques. Aucune solution ne viendra d’une recette miracle construite sans les gens concernés. Et nous espérons démultiplier ces débats à la rentrée, dans les localités.

- Claude Bailly :
Ayons plus d’ambitions. En terme de part du Produit National Brut, ce qui est consacré à l’éducation. La vie de l’Homme s’allonge, rien d’anormal que le temps de formation augmente en proportion.
N’oublions pas de défendre notre laïcité, certes revisitée, mais vigilante, et d’abord envers la grande église libérale qui est en train de formater tous les esprits.

- Bernard Pesquet :
les collectivités locales dépensent beaucoup d’argent pour l’école.
Je voudrais dire un mot de la gestion étonnante des personnels : des enseignants engagés dans l’école, mais nommés à titre provisoire et devant quitter l’école contre leur gré.
Je finis sur la formation professionnelle, les sommes importantes qui y sont employées pour remédier à des orientations par défaut, souvent mauvaises.

- X :
Le Collectif pourrait-il se donner les moyens d’étudier le fonctionnement actuel réel des conseils de disciplines, qui en dit long sur la matière dont l’institution règle les cas des élèves les plus en difficultés.

- Martine Doriac
Quand on est parent, on ne sait pas toujours sur quel pied danser quand on essaie de comprendre comment marche l’École. Certains directeurs demandent qu’on trace une ligne jaune pour monter l’interdiction d’entrer aux parents. Je sais que certaines équipes travaillent sur cette question, mais il me semble qu’on peut faire de nombreux progrès pour aider les parents à décrypter l’école, pour une meilleure réussite des enfants.

- M. Dublé (association Cerf-Volant)
(traces écrites)
s’étonne qu’on ne mentionne pas la place à faire pour la scolarisation des enfants handicapés dans le systèmes scolaire, les difficultés ne concernant pas que les élèves " en échec scolaire ". Il demande que le Collectif s’y penche afin d’améliorer la situation dans le département.

- Eric Favey (Ligue de l’Enseignement)
Je vous invite à poursuivre : la confrontation des idées n’a lieu nulle part aujourd’hui. Chacun est enfermé dans sa boîte. La première chose est de faire se rencontrer les différentes cultures (parents, enseignants, élus, élèves...)
Partout, la crise, le choix : que devons nous faire de notre école ? comment la faire progresser en sortant de l’anathème et du bouc émissaire ? En sortant des idées toutes faites : oui, l’école progresse, mais pas assez. Comment s’occupe-t-on de se noyau dur, ces jeunes " illettrés " qui ont désappris...
Il faut développer une véritables culture de l’évaluation de l’école. Les moyens disponibles sont peu utilisés, en particulier pour transformer les pratiques. Il ne faut rien s’interdire dans l’évaluation, surtout si nous sommes partisans d’une politique forte en matière d’action publique.
Pourquoi des programmes ? Pourquoi des droits si peu respectés, à la fois pour les enseignants, les parents, les citoyens ? Que faisons nous des moyens publics ? Si nous ne le faisons pas, d’autres le feront, moins partisans que nous du système public.
Oui, le budget de l’Éducation a augmenté. Comment se fait-il que ces endroits qui font mal persistent, même si davantage de réussites sont constatées (pour les filles en particulier). ? Pourquoi une jeune fille qui a une maîtrise doit accepter un emploi si déqualifié ?

Certaines questions relèvent du local, d’autres du national. Quand le droit existe (parents, élèves), il faut le faire respecter, et c’est une affaire locale, en faisant le tour sur " pourquoi ça bloque ? ".
Une question nationale : la question du collège. Vous pouvez constater la détresse des élèves et des profs, mais qui doit agir pour faire qu’il devienne celui de tous, la continuité de l’école primaire, le lieux où on acquiert la culture commune. Soit nous contribuons à continuer la centrifugeuse, et on bloque. Ca, c’est un débat national qui devra être tranché par tout ministre à venir.
La perte d’intérêt des jeunes pour l’école, ce manque de confiance dans l’école pour les aider à grandir doit nous faire dépasser les discours incantatoires sur l’école de la République, et nous aider à trouver des solutions.
Ces débats ne sont pas nouveaux. L’école que nous voulons, c’est l’école où on apprend ensemble pour vivre ensemble. Mais le " vivre ensemble " n’est plus le village dont on ne sortait pas. Certes, c’est parfois le quartier. Mais c’est aussi la Nation, l’Europe, le monde.
N’ayons pas peur du conflit. Méfions nous des consensus trop vite trouvés, et cultivons la diversité, le dissensus, mais trouvons ensemble des solutions pour fixer le cap, pour poursuivre ce qui fonctionne bien, et changer la loi si nécessaire, dans l’intérêt même de nos élèves.

- Michel Morineau :
Ce n’est qu’un début, même si un débat sur l’Éducation est toujours frustrant.
Continuons le débat, démultiplions-les au niveau local, merci à tous et à bientôt.

Messages

  • Comment débattre quand on fait parti de deux planètes différentes ? les parents d’un côté, les enseignts de l’autre. Le contact ne peut se faire simplement, on ne parle pas la même langue.
    Ns parents n’avons pas le droit de parler "pédagogie", mais que comprendre aux "closures, méthodes de lecture global" ou autres monstruosités ?
    L’école ne se veut pas ouverte aux parents, elle est très frileuse et peureuse. Mais de quoi donc ? Plus on ns cache de choses, plus on s’en fait des idées... et fausses souvent.
    On aimerait pouvoir faire évoluer nos enfts à leur rythme, main ds la main avec les enseignts, est-ce encore possible ?

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