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Interview : André Philip, formateur au CNEFEI

jeudi 12 septembre 2002

ASH

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

André Philip travaille la question de l’adaptation et de l’intégration scolaire depuis une trentaine d’années. Il est formateur au CNEFEI (Centre National d’Etudes et de Formation pour l’Enfance Inadaptée) et directeur pédagogique de son antenne de Paris Cronstadt.

Qu’est ce que l’intégration scolaire ?

L’intégration scolaire pose le problème de l’intégration de la différence dans un corps dominant au sens large. Réfléchir à l’intégration scolaire, c’est réfléchir à l’intégration de la différence dans un groupe de vie et pas seulement en terme de handicap. Comment s’intègre-t-on à un groupe, pourquoi veut-on intégrer, comment peut-on accompagner ces intégrations ? Réfléchissons sans cesse à ces questions.
Le handicap physique ou psychique nous renvoie à nous même, à ce que nous aurions pu être ou ce que nous pourrions devenir à la suite d’un accident ou d’un problème de santé. Cela nous fait naturellement peur. Il nous faut donc travailler d’abord sur cette peur.
Le handicap doit être pensé comme quelque chose qui dépend de l’histoire, de l’évolution du monde, de ses mentalités mais aussi de l’environnement. Il ne doit plus être attaché à la personne mais à la personne dans un environnement, dans un contexte plus ou moins facilitateur de la prise en compte d’un individu différent.

Quelles sont les finalités que l’on poursuit à travers l’intégration ?

L’intégration poursuit l’ensemble des finalités assignées à l’école mais dans l’interprétation que l’on en fait, selon l’âge, le type de handicap, son degré et sa gravité on pourra mettre l’accent sur tel ou tel aspect. On peut aller de la nécessité de nouer des relations positives avec l’enseignant, la classe jusqu’aux coopérations dans le cadre des apprentissages qui là bien sûr doivent être à la carte. Ces coopérations peuvent porter sur l’ensemble des apprentissages, dans certains domaines ou encore dans certaines disciplines et ne sont pas obligatoirement permanentes.
Ce qui me paraît important est que, même dans le cadre d’un projet déjà établi, il faut étudier ce qui est possible, difficile, impossible et surtout qu’on en juge après essai.
Qu’on ne préjuge avant d’avoir essayer. Il faut faire un diagnostic des acquis de l’enfant, de ses intérêts et aussi de ses possibilités et de ses potentialités. Il faut voir aussi les conditions d’accueil à l’école, et pas seulement dans le groupe classe et faire un pari vers l’avenir.
Là, il est nécessaire de faire appel à des personnes extérieures qui vont venir régulièrement aider l’enfant et l’enseignant à faire le point, à lever les obstacles et à progresser ensemble vers l’élaboration d’un projet. Un projet qui permet de concevoir l’intégration sur un mode social et sur un mode cognitif qui ne soit pas un carcan mais un instrument de réflexion.

Y a-t-il des conditions ou des modalités incontournables à la réussite d’une intégration ?

Intégrer c’est d’abord accueillir, recevoir ce qui implique une première réflexion collective avec les différents partenaires, le groupe classe, sur la place de l’enfant différent qui arrive. C’est un travail sur la citoyenneté, sur la participation de tous au projet du groupe dans le respect des spécificités et des différences. Préparation et anticipation sont les premières conditions à une intégration réussie. Préparer et informer les élèves de la classe, de l’école, préparer et informer les parents des élèves, travailler en amont avec l’enfant et la famille pour que tout se passe en douceur.
D’autre part, si on veut réussir l’intégration, il faut tenir compte de l’ambivalence de tous les acteurs. Les avis peuvent changer et évoluer avec le temps. Les réticences de départ peuvent disparaître après essai. C’est pourquoi il faut essayer.
Ensuite l’intégration doit être une affaire partagée. Elle n’est pas l’affaire exclusive de l’enseignant spécialisé sinon c’est de la sous-traitance, ce n’est pas de l’intégration.
Les acteurs ne peuvent se dédouaner de l’intégration au prétexte que l’enfant est à l’école. Elle ne peut pas n’être que géographique, dans le même lieu. Ce serait une vision très réductrice. On peut être dans le même lieu sans participer à la vie collective, en étant tout autant exclu.
L’intégration suppose que l’enfant participe à la vie scolaire mais aussi aux activités pour laquelle l’école a été créée. Elle doit être inscrite dans le projet d’école, et l’ensemble des enseignants doit être impliqué dans le processus, accompagnés par des aides externes compétentes qu’il faut coordonner.
Il faut aussi que l’intégration soit comme un apprivoisement mutuel et que cela se fasse en douceur, progressivement, par transition… L’idéal serait d’essayer de pratiquer ce qu’on pourrait appeler l’alternance, avec des temps de regroupement des enfants ayant un handicap, afin qu’ils se retrouvent, qu’ils se rassurent et d’autres temps plus collectifs, pour qu’ils se dépassent, se stimulent et réalisent ainsi des apprentissages que peut-être ils n’auraient pas réalisé autrement.
Les dernières conditions concernent les outils et les moyens de travail. Si le projet d’école est le document dans lequel doit être inscrit comment dans l’école on laisse une place à l’intégration, une convention doit être établie entre les différents acteurs du projet d’intégration.

La relation avec les parents d’enfant handicapé n’est pas toujours évidente. Comment faire pour ne pas défaire ?

Les parents d’enfants handicapés ont tendance à nier le handicap alors que les enseignants au contraire ont tendance à l’exacerber, à le stigmatiser pour le traiter.
Pour les parents, l’enjeu de l’école est important, c’est un des principal lieu de normalisation. Leur enfant devient normal s’il est à l’école.
Un autre enjeu très fort mis en avant par les parents concerne le devenir de leur enfant. Beaucoup disent : « Tant que je suis là, mon enfant sera pris en charge, mais après ? » Donner un avenir à leur enfant devient alors pour eux une mission vitale de l’école.
Il faut entendre cela et comprendre que sans les associations, sans les familles sur le terrain il n’y aurait pas d’enfant handicapé à l’école. Ils ont été et sont une source de progrès pour l’école et pour la société en général en ce qui concerne l’intégration. On ne saura jamais ce qui se passe dans la tête des parents d’enfants différents ou handicapés, les souffrances, la culpabilisation.
Alors évidemment cela occasionne des comportements exacerbés et on peut quelques fois parler de croisade, de sacerdoce. Il faut trouver des passerelles.
Après, tout est question de relation, de contact, d’écoute, de compréhension de l’autre. Si il y a violence dans la relation, c’est l’enfant qui en pâtira. Tout doit être fait pour que tout se passe bien, sinon il ne faut rien faire.
Le « ça passe ou ça casse » n’est pas acceptable en matière d’intégration.
Pour résumer, préparation, anticipation, réunions, concertation, essai, évaluation, évolution, progression sont quelques notions qui doivent guider tous les partenaires de l’intégration.

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