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Lecture : "Je ne veux voir qu’une seule tête "

samedi 4 février 2006, par SNUipp 89

Lecture

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

Le séminaire sur la Lecture, organisé chaque année pour les IEN en formation à l’ESEN de Poitiers, vient d’être reporté... Certains chercheurs qui devaient y parler avaient eu le malheur d’être à l’initiative d’un appel dénonçant les incohérences de la récente circulaire sur la lecture de M. De Robien.

Nous publions ci-dessous la lettre que le syndicat des Inspecteurs de l’UNSA (on n’est pas chauvins !) vient de publier. Attention, ce ne sont pas de dangereux gauchistes. Et s’ils dénoncent eux-même la pente savonneuse du ministère, peut-être que les IEN de l’Yonne feraient bien de s’en inspirer avant de venir (pour certains) raconter n’importe quoi dans les conférences pédagogiques sur la syllabique, sans même savoir qu’ils se plancent ainsi hors textes officiels (programmes de 2002), qu’ils sont jusqu’à présent tenus de respecter.


(Dernière minute : le Recteur convoque tous les IEN et conseillers pédagogiques à entendre la bonne parole sur la lecture le 29 mars à Avallon... Gaaaaarde’A’Vous !)


Paris, le 1er février 2006

à

Monsieur Gilles de ROBIEN
Ministre de l’Education nationale,
de l’Enseignement supérieur
et de la Recherche
110 rue de Grenelle
75357 PARIS SP 07

Monsieur le Ministre,

Les inspecteurs stagiaires en formation à l’Ecole Supérieure de l’Education Nationale ont été informés quelques minutes avant leur départ de Poitiers du report du module de formation consacré à « l’enseignement de la lecture à l’école » qui devait avoir lieu en début de semaine (du lundi 30 janvier à 14 H au mercredi 1er février à 13 H).

Au-delà du caractère quelque peu précipité et confus de cette information ainsi que de ses inévitables conséquences en matière d’organisation matérielle (nécessité de changer des réservations de train ou d’avion, déplacements parfois lointains pour un laps de temps très réduit puisque le reste de la formation est maintenu du mercredi 1er février à 14 H au jeudi 2 février à 15h30...), c’est sur son caractère ambigu que je souhaite vous alerter.

Il est fréquemment rappelé aux inspecteurs de l’Education nationale en formation leur position de « cadres ». Dès lors, il n’est pas illégitime de penser qu’ils sont en mesure d’adopter une position critique à l’égard d’un discours qui leur paraîtrait en décalage avec les attentes du système éducatif.
Par ailleurs, l’universitaire à qui le module relatif à l’apprentissage de la lecture est confié assume cette responsabilité depuis dix ans et ses compétences sont largement reconnues.

Dans le contexte induit par une interprétation - peut-être restrictive - de vos propos relatifs à l’enseignement de la lecture, cette décision fait inévitablement penser à une forme de censure.

Il est de la compétence des cadres que sont les inspecteurs d’aider les enseignants à mieux faire réussir leurs élèves ; il est de leur honneur de répondre aux objectifs que vous leur fixez. Toute démarche qui viserait à réduire leur action à de l’autoritarisme local les rendrait incapables de la moduler en fonction des caractéristiques spécifiques des établissements scolaires. Elle serait, de facto, condamnée à l’échec.

C’est par un travail patient et obstiné que les inspecteurs ont œuvré à l’apaisement des conflits sur les méthodes de lecture. Au fil du temps, ils ont su amener la très grande majorité des équipes pédagogiques à prendre conscience des nécessités d’articuler étroitement travail sur le sens et maîtrise du code. Des positions trop abruptes ne pourraient que conduire à une relance du conflit et à une radicalisation des positions préjudiciables aux élèves.

Pourrions-nous raisonnablement penser que la mise en cause d’une approche étroitement constructiviste allant du son au sens en passant par la syllabe, le mot, la phrase puis le texte, relevait d’un simple effet de mode ? Ce serait faire injure à tous les chercheurs, aux cadres du système éducatif, mais aussi aux services de l’administration centrale et à vos prédécesseurs. Ce serait aussi faire bien peu de cas du professionnalisme et de l’engagement des enseignants.

Les inspecteurs ont parfaitement compris l’esprit de votre circulaire ; ils y souscrivent sans réserve car il est clair que « l’enjeu est essentiel pour notre pays ». Leur position est originale au sein du système éducatif : placés à l’interface entre les instances décisionnelles et les enseignants, ils font leurs les orientations fixées par les premières et connaissent les difficultés que vivent les seconds. Pour tenir ce rôle, ils sont recrutés sur la base de leur expertise et de leur capacité à convaincre plutôt qu’à contraindre.

Conscients des responsabilités qui leur sont confiées, ils ne s’y dérobent jamais et s’appliquent toujours à la réalisation des objectifs qui leur sont fixés. Aider les enseignants à obtenir de meilleurs résultats en lecture est leur quotidien ; ils continueront à s’engager dans cette démarche et rechercheront les moyens de progresser en ce domaine. Pour réussir, ils ont plus besoin de sentir votre confiance que d’entendre vos consignes. Vous leur avez récemment promis que leurs conditions de travail s’amélioreraient ; des évolutions significatives en ce domaine seraient d’un bon impact pour les mobiliser, mais à ce jour rien ne vient concrétiser vos propos.

Pour sa part, le SI.EN-UNSA Education veut croire que votre objectif est la réussite de tous les élèves et que votre circulaire n’a pour objet que de raviver le sens des programmes officiels de 2002. Cette légitime préoccupation rejoint celles qui nous animent et, pour soutenir ces propos, nous vous informons d’une initiative que nous avons prise : syndicat largement majoritaire d’un corps reconnu pour son expertise professionnelle et sa parfaite connaissance du terrain, le SI.EN va lancer une étude auprès de ses adhérents et sympathisants pour faire le point précis des pratiques réellement constatées dans les classes et déterminer les axes majeurs d’une politique pour la lecture qui serait réellement à même d’améliorer les résultats des élèves.

Il est clair, en revanche, que la politique coercitive à laquelle votre circulaire pourrait faire penser risque fort d’entraîner déception et résistance.

Nous attendons un signal fort de la confiance que vous accordez aux inspecteurs et aux enseignants, pour que les cadres que nous sommes s’engagent résolument dans la réalisation des objectifs que vous nous fixez.

Croyez, Monsieur le Ministre, à l’assurance de mon attachement indéfectible à un service public d’éducation plus juste et plus efficace.

Le Secrétaire Général,

P. ROUMAGNAC

Messages

  • Il ne faut pas être à ce point sectaire et refuser de voir les problèmes de l’école. Mon fils me rappelait récemment qu’à la première dictée à l’entrée en sixième "personne n’avait eu au-dessus de zéro" !

    Pour alimenter une réflexion monolithique je vous conseille le mémoire d’Emilie BERNARD :
    Dans ce mémoire, en vue de l’obtention du certificat de capacité d’orthophonie soutenu à la Faculté de médecine de l’académie Orléans-Tours l’an dernier, Mme Emilie BERNARD présente et compare deux méthodes d’apprentissage de la lecture utilisées au cours préparatoire dont l’une est "Lire avec Léo et Léa" :

    Apprentissage de la lecture au CP : méthode synthétique versus méthode mixte que vous pouvez trouver ici :

    http://lamaisondesenseignants.com/download/document/memoire_ebernard.pdf

    Un travail que je trouve plutôt bien construit et des résultats qui vont malheureusement dans le sens des propos du ministre (qui est aussi le mien).
    Quand on compare de manière sérieuse, les résultats sont difficiles à avaler pour certains.

    Bonne lecture...

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