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RASED : débat, propositions, compte-rendu d’audience à l’IA

mercredi 16 mars 2005, par SNUipp 89

Le système scolaire

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

Le SNUipp, le SE et l’AREN ont organisé une table-ronde pour préparer l’audience accordée par l’Inspecteur d’Académie le 15 mars.
Vous trouverez ci-dessous :
- les principales interventions lors de la table-ronde.
- les propositions faites à l’IA.
- les réponses faites par l’IA et l’IENA lors de l’audience.

Vous trouverez également, à la fin de cet article, la circulaire 2002 (qui régit le travail des RASED et l’organisation de l’aide aux enfants en difficulté) (document PDF à télécharger)

Rappel des faits :

Le 4 novembre 2003, l’ensemble des personnels de RASED ont été réunis pour mettre en place de nouvelles modalités. Un dispositif ficelé à été présenté : les « écoles prioritaires » disparaissaient, chaque école étant potentiellement concernée par l’intervention du RASED.
-  un comité de pilotage fin septembre qui recense les demandes d’aides, à partir de listes un tri et des priorités devant être dégagées à ce moment là
-  A cette occasion, des premières difficultés sont apparues dans la présentation, l’IENAIS et l’IENA ne parlant pas de la même chose (comité de pilotage par RASED ou par antenne ?). Aucun texte écrit n’a été présenté, si ce n’est par les notes de services des IEN. Selon les circonscriptions, les fonctionnements ont été très différents. Dans certaines circonscriptions, chacune des prise en charge a dû être renégociée. Des interdictions ont été posées. Dans d’autres circonscriptions, le fonctionnement est plus souple

Une rééducatrice :
-  A partir de la réflexion initiale qui pouvait être intéressante, on s’est fixé sur une organisation formelle sans tenir compte des demandes des enseignants et des RASED, dans laquelle y compris les IEN ont été pris dans nombre de contradictions, ce qui montre la dificulté à piloter un véritable projet départemental pour les RASED et la prise en charge de la difficulté scolaire, ce qui devrait être la mission du pilotage.
-  Selon la personnalité des IEN, les fonctionnements ont permis ou non des évolutions, ont engagé ou non des raidissements.
-  Il faut remettre à plat le dispositif, avec l’engagement d’un réel chantier de réflexion pour déboucher sur une réflexion sur le traitement de la difficulté scolaire, pour rédéfinir les partenariat entre les écoles, les RASED, les IEN...

Un psychologue :
On a donc une réponse formelle et vide à de vrais problèmes, on fait comme si les conseils de cycle et les projets d’école existaient. Parfois, on a le sentiment d’une simple volonté de contrôle, ce qui est insupportable pour les gens qui travaillent.
-  On se réfère à la circulaire de 2002, mais chacun n’y lit que ce qu’il veut lire, en pariculier sur l’intégration du travail du RASED dans la classe. Le travail de chaque RASED est très différent, d’un RASED à l’autre, et en même temps on voudrait qu’il y ait de l’homogénité. Ca me semble souhaitable, mais difficile à mettre en place.

Un rééducateur :
on voit bien que l’application selon les IEN ou les RASED est différente. Je suis méfiant par rapport à des fonctionnements trop directifs.

Un maître E :
On ne peut pas se permettre d’avoir des notes de services différentes d’une IEN à l’autre ;

Une psychologue :
le débat sur l’aide aux enfants en difficulté concerne tout le monde. Il faudrait retrouver cette cohérence. Il y a des conceptions de l’aide qui n’ont rien à voir les unes avec les autres, par exemple sur la place du travail réel de réseau au contact avec les enseignants) ou sur une vision plus « libérale » du rôle des personnels de RASED.
Pour moi, l’enseignant et l’école sont forcément dans la réflexion. C’est pourquoi je pense que les IEN doivent animer cette réflexion, en lien avec la formation continue. Sinon, on est dans la toute puissance qui ne peut avoir de sens. Sortir un élève de la classe sans travailler avec l’enseignant n’a pas de sens. Je pense qu’il faut organiser des animations pédagogiques consacrées à ça, pour faire se rencontrer les enseignants, les personnels de RASED et les conseillers pédagogiques. On n’a pas tous les mêmes définitions de la difficulté scolaire

Une pyschologue :
les comités de pilotage et le pseudo projet départemental (ou ce qui en a été mis en œuvre) a plutôt rigidifié, figé les position, alors que dans notre RASED, je voyais plutôt des céléments positifs dans la possibilité pour le maître G et E puissent aller dans les écoles des alentours, ce qui n’était pas possible avant.
Cependant, je regrette qu’on ait travaillé davantage à gérer des listes qu’à réfléchir sur l’aide qu’on apporte aux élèves. Il faut que nous mettions en perspective nos fonctionnements en fonction de ce qui est annoncé dans la loi d’orientation avec la mise en place des PPRS (projets personnalisés de réussite scolaire). Mais ne restons pas aux enjeux de pouvoir, cela va nous discréditer par rapport aux enseignants qui ont leurs tâches spécifiques.

Sur les aides à long terme, il faut savoir que dans mon école (ZEP), on peut sauver des gamins en les béquillant pendant longtemps, au moins avec la perspective qu’ils fassent une bonne SEGPA. On entend trop que certaines aides « ne valent pas le coup ».

Un rééducateur G :
Nous n’avons pas eu loisir de discuter des propositions. L’IEN a imposé la priorité au travail au cycle II, sans discussion possible. Les écoles qui n’ont pas envoyé leurs listes ont été privés d’intervention, ce qui est un abus de pouvoir.

Une enseignante de CLIS :
Les comités de pilotage ont été présentés comme le lieu de décision, qui allait remplacer le travail entre instits et RASED. Dans les comités de pilotage, le travail est formel, on se contente de balayer la réalité. Du coup, on n’a même plus le peu de discussion qu’on avait dans les conseils de cycle, ce qui aurait pu être la vertu de ce dispositif. La place du RASED dans la construction du projet d’école me semble indispensable, à la fois pour donner l’avis des personnels et pour induire des réflexions à plusieurs voix.
En tant qu’enseignante de CLIS, je n’ai parfois même pas d’information sur ce qui a été fait par les membres du RASED dans les prises en charge précédentes.

Un maître E :
les directeurs d’école n’ont aucun rôle dans les comités de pilotages, ils y assistent sans rien dire. Il faut savoir qu’il y a des circonscriptions qui n’ont pas de comité de pilotage.

Bilan de la réunion :

Le roblème numéro un dans le département est le délabrement de la réflexion. Des choix politiques doivent être faits, c’est le travail des responsables de la politique éducative.
Concernant les prises en charge RASED, faire des points tous les six mois peut avoir du sens. Mais mettre un interdit sur un type de prise en charge est contre-productif. Il faut aussi pouvoir faire des paris sur des situations, lorsqu’il y a des engagements des uns et des autres.


Propositions faites lors de l’audience à l’Inspecteur d’Académie :

Sur le court terme :
Remettre à plat le dispositif « comités de pilotage » :
-  dans le travail des IEN, différencier précisément le rôle d’évaluation des RASED, dont sont légitimement responsable a postériori les IEN, du rôle d’animation de la réflexion sur la prise en charge de la difficulté scolaire.
-  Accepter les souplesses nécessaires et lever les blocages bureaucratiques : lever les interdictions formelles de prise en charge pour « non conformité »
-  Prendre le temps de l’analyse pour harmoniser les notes de services de circonscriptions pour harmoniser les instructions

Sur le long terme :
-  Mettre en place un groupe de travail pluricatégoriel (personnels RASED, enseignants, IEN, conseillers pédagogiques, enseignants de CLIS, enseignants de maternelle, d’élémentaire, syndicats...) pour travailler sur le long terme sur la difficulté scolaire, sa prise en charge, en tenant compte de la réalité du terrain : difficultés à mettre en place les conseils de cycle, difficultés de dialogues et de représentations sur la difficulté scolaire, les catégories d’enfants à prendre en charge, difficultés à mettre en oeuvre toutes les recommandations contenues dans la circulaire de 2002
-  Engager une véritable politique AIS dans l’Yonne, comme l’indique le rapport de l’IG, par :

-  des moyens de formations et d’échanges professionnels pour les personnels de RASED, les IEN et les conseillers pédagogiques

-  une politique ambitieuse d’animations pédagogiques destinées à approfondir le travail mutuel sur la difficulté scolaire, la place des RASED dans la vie pédagogique des écoles, les modalités de signalement des élèves en difficultés, les différentes modalités de prise en charge, les moyens d’identifier les besoins (évaluations, demandes des enseignants, problèmes locaux spécifiques)

-  un affichage clair des priorités et des choix politiques

Sur les moyens :
-  remettre à plat la dotation kilomètrique, effectuée selon des critères discutables (avant la suppression des écoles prioritaires) qui pénalisent les secteurs ruraux
-  rappeler au ministère l’urgence de moyens pour permettre la formation et le départ en stage des 30 postes vacants ou le devenant dans les années à venir.


Réponse de l’inspecteur d’académie :

Nous voulions réinsérer les RASED dans les préconisations de la circulaire de 2002. Mme Derriaz a conduit l’étude, et le conseil d’IEN a examiné les propositions faites aux RASED. Cette réorientation va dans le sens de la prise en charge de la grande difficulté scolaire. L’Yonne a besoin de simplicité dans la définition des missions, la mise en œuvre, et de confiance entre les divers niveaux.

Je suis d’accord avec l’idée de la remise à plat du dispositif global. L’idée d’un groupe de travail sur la question me semble légitime, d’autant que cela croise de fortes questions d’actualités : les conclusions de la commission Thélot, la réforme Fillon et la mise en œuvre du « dispositif de réussite éducative » de la loi Borloo vont faire que vous allez devoir intervenir encore plus, et de manière encore plus claire.

Sur les financements, je fais avec le budget qu’on me donne. Mais les personnels qui s’estiment insuffisamment dotés, par rapport à l’évolution de leurs missions, doivent s’adresser à leur IEN.

Sur les moyens de formation et les échanges professionnels, je suis très favorable à ce qu’on entre davantage dans l’analyse des pratiques professionnelles, mais cela ne peut être fait de manière sauvage ou en échangeant entre collègues. L’IUFM peut avoir des ressources pour cela, et nous pouvons faire appel à des spécialistes extérieurs (Michel Tozzi) pour éclairer les écarts entre ce qu’on tente de faire et les résultats obtenus... J’espère que nous allons aussi pouvoir utiliser les ressources de Télé Formation Lecture. Je crois beaucoup à la verticalité qui doit créer du lien entre l’Etat et l’enseignant de terrain. Mais je crois aussi beaucoup à la démocratie, à la nécessité pour les citoyens-fonctionnaires d’être non seulement des agents, mais aussi les auteurs de leur propre vie professionnelle. L’Education Nationale, c’est chacun d’entre nous.
Je sais que la DAFOP prépare aussi des ressources de formation. Nous avons maintenant résorbé le déficit de formation que nous avons trouvé en arrivant. Mais il faut travailler les modalités de formation, être innovant, aider les enseignants dans leur missions fondamentales, travailler en aternance et en suivi.
La mission des RASED est à la fois d’aider les enseignants et d’aider les élèves.

Il y a plusieurs manières des lever les blocages bureaucratiques. Je cherche davantage à souleverr qu’à casser. Lorsqu’il y a une difficulté, c’est parce qu’il y crainte de part et d’autre.

M. Mittet, IENA :
Sur la CNIL, et la manière de constituer des listes pour les comités de pilotages, nous avons eu une première alerte qui nous demandait de ne pas tenir de fichier informatique. J’ai eu un entretien avec la responsable de la CNIL pour préciser qu’il ne s’agissait pas de mettre en place des fichiers informatiques. Nous avons demandé aux IEN qui en utilisaient de ne pas faire de traitement informatique, sauf à utiliser le logiciel Opale de la CDES. A ce jour, nous n’avons pas eu de remarque de la CNIL au courrier que nous avons fait en réponse, précisant que les listes demandées aux directeurs d’école servaient au travail des comités de pilotage..

Je suis de ceux qui pensent qu’il faut revenir sur un certain nombre de dispositions des comités de pilotage, mais qu’il est un outil qui va devenir au centre du texte de la nouvelle loi.
Je suis pour un instance permanente de régulation et de suivi, qui puisse pointer les difficultés. Les inspecteurs ont aussi droit à une certaine latitude qui s’assimile à leur propre liberté pédagogique.

G. Moretti (AREN) : C’est quand il y a confiance entre les acteurs que les choses fonctionnent bien, et mal lorsque les choses ne se passent pas en confiance. Lorsque nous sommes en réunion de travail « entre collègues » de statut différent, ça peut se passer. Mais quand on n’a pas confiance, ça ne marche pas.

Jean pautré, psychologue : je pense que quand les gens ne s’entendent pas, c’est parce qu’ils ne mettent pas les mêmes choses derrière les mots. Je crois qu’il faut donner des directions politiques claires, un cadre de fonctionnement qui dise dans quelle logique de regrd des dossiers on est, on risque de passer encore beaucoup de temps à se perdre. Et quand les IEN ont encore un autre discours que le RASED (centration unique sur la difficulté scolaire par exemple), on est dans une difficulté supplémentaire.

M. Vérani, IA : je suis très intéressé par votre demande qui est légitime pour les élèves. Le bât blesse souvent dans le courage pour prioriser les aides, choisir la meilleure intervention de spécialiste.

Anne Fabre (AREN) : entre les différents enseignants, il y a de fortes différences sur la représentation de l’aide. J’avais beaucoup d’espoirs que des choses bougent, mais elles sont vides parce qu’elle ne sont pas portées par une réflexion au cœur de la classe. Les rééducations que je mets en place sont intéressantes, mais ce qui importe c’est aussi la cohérence avec ce qui se passe dans la classe. Si on ne sent pas que notre discours est porté par notre autorité hiérarchique, que se passe-t-il ? Ca fait 10 ans que je n’ai pas vu une animation pédagogique sur la difficulté scolaire...

M. Mittet, IENA : pour que les enseignants soient partenaires de la difficulté scolaire, il faut la professionnalisation, c’est à dire l’accompagnement... Comment mobiliser les collègues sur cette question ? Faut-il des conférences pédagogiques spécifiques ? Comment fait-on pour que les enseignants soient partie prenante de la recherche de solution ?

M. Vérani, IA : le travail à partir de l’évaluation est le moyen fondamental de travailler ça. Ensuite, il faut travailler en équipe, particulièrement lorsqu’il y a écart à la norme. Le projet d’école, le projet d’aide, c’est comme le comité de pilotage : il faut que ça soit simple et que ça mesure l’écart à la norme...

M. Mittet, IENA : comment on se met collectivement à l’analyse des besoins ?
Analyse quantitative ? On n’a pas les éléments de la lisisbilité de l’action des RASED, et on voit toujours de grandes distorsions entre les différentes prises en charges dans les différents endroits.
Faire remonter toutes les demandes ? C’est inéfficace pour décider des prises en charge, mais ça permet de voir comment les besoins émergent, de manière subjective, dans les différentes écoles. Nous n’avons pas encore franchi le cap de pouvoir traiter les demandes des écoles. De toutes façons, traiter 150 demandes en groupe de pilotage est impossible.
Peut-on modifier la forme ?

Sur les indemnités  : on est parti du budget de l’année dernière (qui a été dépassé de 15%). Nous avons demandé aux IEN de nous indiquer les ajustements à faire. Si la question se pose encore, nous sommes prêts à regarder de près et à modifier les dotations, mais nous ne pouvons pas faire que l’ensemble des crédits pédagogiques servent aux déplacements. Il y un moment où budgétairement, on ne peut pas aller au delà de ce qui est possible. Nous avons dû, en deux exercices, remédier à des inconséquences de gestion de plusieurs années.

Il n’y a pas d’opposition de démarche de confiance a-priori envers les RASED, mais il faut aussi que tout le monde soit bien convaincu que les élèves doivent être égaux devant la prise en charge, et que le service public doit être assuré pour tous. Il faut faire sauter les lourdeurs, mais je pense que ce serait une erreur de dire « on arrête tout ». Créons un document qui préciser les modalités qui servent d’indicateurs pour la prise en charge, identifions les priorités entre les écoles pour apporter les meilleures réponses. Je ne crois pas que le contact direct entre les RASED et les écoles soit toujours le plus efficace pour le RASED.

Anne Fabre  : la déception énorme entre ce qui s’est passé il y a deux ans et ce qui se passe aujourd’hui montre que ça ne va pas mieux sur le terrain : des enseignants qui n’osent plus formuler de demandes.

IA  : La proposition de dialogue entre les écoles et les RASED est bonne. Mais les évaluations CE2 et 6e disent que trop d’élèves sont en échec au CE2, et davantange encore en 6e..
Le travail intensif sur l’oral précoce est prioritaire. Nous savons qu’il y a des écoles très prioritaires, que nous avons identifiées. L’écart qui se creuse entre le CE2 et la 6e me préoccupe beaucoup. Chacun souhaite ne pas en prendre la responsabilité. Mais inévitablement, nous allons continuer à devoir aider les enseignants qui pensent qu’ils ont fait le maximum.
Ce que je voudrais, c’est restaurer un état d’esprit où on essaie d’être moins défensif, plus ouvert... Pour aider cet esprit à passer, il faut des micro-décisions et des procédures professionnelles.

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Circulaire 2002 sur les RASED
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