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rapport de l’inspection générale sur l’Yonne : principaux extraits

vendredi 18 février 2005, par SNUipp 89

Le système scolaire

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

Centré sur l’évaluation de l’enseignement en Bourgogne (132 pages), le rapport des IG (signé par 9 inspecteurs généraux)
consacre un chapitre spécial à l’Yonne.
En voici les principaux extraits concernant le Premier Degré :
(aucun commentaire syndical n’est ici ajouté, les titres et intertitres sont également extraits du rapport)
Nous vous conseillons la lecture complète du rapport (en pièce jointe en bas de cette page)

L’environnement économique, culturel et social

• le département attire peu car il souffre d’un déficit d’image, ce qui se ressent clairement en termes de recrutement de cadres intermédiaires ou de techniciens supérieurs.

• certains secteurs (Nord du département, Migennes, Brienon, St Florentin, en partie Joigny et Auxerre...) sont en position critique en raison des difficultés économiques et d’un environnement social précaire. Le Tonnerrois est fortement marqué par le déclin économique, entraînant de nombreux problèmes sociaux. Le Chablis connaît chaque année de nouvelles familles précaires.La Puisaye, très enclavée, connaît un retard culturel.

• Le département de l’Yonne apparaît plus comme une juxtaposition de secteurs distincts et parfois opposés que comme un tout homogène. On se trouve, en fait, face à une structure en îlots qui concentrent, soit des performances et des potentialités, soit des difficultés marquées.

• L’Yonne possède le taux de CSP défavorisées le plus élevé de la région (45,6 %) et le taux de CSP favorisées le plus faible et même très en deçà des moyennes régionales et nationales (25,7 % pour, respectivement, 29,2 % et 34 %)

• Le département scolarise 4,2 % d’élèves étrangers, soit un taux nettement supérieur à la moyenne académique (3,4 %) et très proche du taux national (4,4 %). Ces données reflètent l’influence de plus en plus marquée de la zone d’attraction de l’Ile-de- France.

• La démographie de l’Yonne croît.L’Yonne n’a perdu, entre 1996 et 2002 que 6 % de ses effectifs du 1er degré et 5,6 % de ses effectifs du second degré, soit nettement moins que la moyenne académique (7,8 % pour les deux niveaux d’enseignement).

Performances des élèves

De l’évaluation CE2 en 2003, il ressort des performances plus faibles que celles de l’académie, mais proches des résultats nationaux (64,5 % en mathématiques pour 65,3 % au niveau national, 64,1 % en français pour 65,7 % au niveau national). Les résultats en ZEP sont faibles et nettement inférieurs à la moyenne nationale (près de 4 points en-dessous de la valeur nationale en mathématiques et près de 3 points en français).

Les résultats de l’évaluation en 6ème montrent des performances toujours plus faibles des élèves, comparées aux autres départements de l’académie. On observe, également, une stabilité inquiétante des résultats dans le temps.
Les résultats à l’entrée en sixième confirment d’une année sur l’autre les réussites et les difficultés des élèves à la sortie de l’école élémentaire, sans que les adaptations de structures engagées (classement en REP, allègement des effectifs, structures spécialisées, aides spécialisées ...), les accompagnements pédagogiques proposés (projets personnalisés d’aide et de progrès, contrats de réussite, formation continue, inspections...) n’aient apparemment d’effets. Tout se passe un peu comme si les jeux étaient faits une fois pour toutes. On observe, par ailleurs, une grande disparité selon les secteurs de collège.

Les moyens

- Pour la scolarisation des deux ans, avec un taux de 18,7 %, l’Yonne se situe très en retrait, loin derrière la Nièvre notamment (37 %). Toutefois, le taux de scolarisation des deux ans dans les ZEP/REP est proche de la moyenne nationale (33% pour 37 %).

- Le taux d’encadrement de l’Yonne pour le 1er degré, soit 5,65, est légèrement inférieur à la valeur académique (5,69).

- 14,7 % des postes de direction sont vacants, (11,8 % dans l’académie).

- 12 % des écoles sont classées ZEP/REP, soit moins que la moyenne nationale (13,4%).

Conclusion sur les moyens :

- Le faible taux d’accueil des deux ans se révèle être un handicap réel, surtout pour les familles les plus en difficulté ;
- le taux d’encadrement n’est pas favorable, compte tenu des populations accueillies dans ce département ;
- la gestion des enseignants du premier degré pose problème ; l’inspection académique ne parvient pas à établir des prévisions correctes, en matière de départs en retraite notamment. De nombreux enseignants sans formation sont mis sur le terrain (recours anormal aux listes complémentaires, y compris à l’extérieur de l’académie). Ces enseignants sont massivement nommés sur les postes les moins attractifs, souvent dans des petites écoles rurales ou dans les ZEP.
Le taux élevé de postes de directeurs d’école vacants ne peut qu’ajouter aux difficultés du primaire, sachant que certains sont attribués à de jeunes enseignants issus des listes complémentaires.

Au total, force est de constater qu’il n’y a pas eu de véritable discrimination positive en faveur de l’Yonne pour le 1er degré, si ce n’est un effort récent à la rentrée 2004.

L’organisation de l’AIS

La fermeture de l’ensemble des classes de perfectionnement du département et l’ouverture très limitée des CLIS a entraîné le retour, puis l’accueil progressif dans les classes ordinaires d’enfants pouvant relever d’une prise en charge spécialisée.
(...) Il est aussi impossible de savoir quels ont été les effets et les conséquences de cette évolution, particulièrement en termes d’accueil et de progrès pour les élèves. Le suivi n’a pas été organisé depuis les dix dernières années.
Ni l’évolution des élèves intégrés dans les classes, ni l’action des maîtres E chargés des prises en charge n’ont fait l’objet d’une observation, sinon d’une évaluation.

(...) les enseignants sont confrontés, dans leur classe, à des élèves qui relèvent de prises en charge spécialisées, ce qui génère chez eux un sentiment d’impuissance et d’abandon dont les conséquences, pour l’ensemble des élèves, peuvent s’avérer réelles ;

- les enseignants et les directeurs ont perdu l’habitude de suivre et de signaler les élèves en difficulté (ceux-ci restant dans leur classe), ce qui conduit à des situations difficiles d’enfants pour lesquels les parents n’ont pas toujours été suffisamment alertés et qui se trouvent brutalement confrontés à une orientation en SEGPA à la fin de l’école élémentaire.

(...) Le travail de réflexion et de réorganisation des établissements, souhaité par le DDASS, n’a pu être engagé à ce jour faute d’une collaboration avec les services de l’Education nationale.

Le plan handiscol, qui devrait être l’axe fort de l’action départementale en matière d’accueil des enfants handicapés, est en très grande difficulté. Quasi inopérants, les groupes de travail ne fonctionnent pas, le comité de pilotage n’a été réuni qu’une fois en deux ans. (...) La CDES était aussi en grande difficulté. Faute d’un investissement réel de l’inspection académique, son fonctionnement a posé problème pendant des années. Un redressement est heureusement engagé, redressement qui nécessitera une très forte implication de l’IA-DSDEN dans les prochaines années.

Tous ces points témoignent de la faiblesse, pour ne pas dire de la carence du pilotage et de l’organisation de l’AIS dans ce département depuis des années.

La politique culturelle

En matière de financement de la politique culturelle, il est paradoxal de constater que l’Yonne se situe nettement en retrait : l’aide de la DRAC est modeste et la subvention du rectorat (qui invoque la rareté des propositions émanant de l’inspection académique) est la plus faible, et de loin, par rapport aux trois autres départements.

Un faisceau de causes défavorables des défaillances et des dysfonctionnements préoccupants

- L’Yonne se situe en dernière position de l’académie pour la très grande majorité des indicateurs de résultats retenus dans le domaine éducatif ; l’écart entre l’Yonne et la moyenne académique ne se réduit pas avec le temps ; il n’existe pas, ainsi que cela vient d’être explicité, de discrimination positive en faveur de l’Yonne ; les chiffres annoncés pour la rentrée 2004-2005 laissent apparaître un effort particulier pour ce département, mais qui ne fait qu’accompagner l’évolution des effectifs ;

- les difficultés de l’Yonne ne se situent pas uniquement dans les premières années du primaire. On enregistre une dégradation en CM1-CM2 qui se poursuit dans le 2nd degré ;

- les chiffres moyens, défavorables, masquent des disparités importantes, aussi bien dans le 1er degré que dans le 2nd degré.

Il semble hasardeux d’invoquer une cause unique pour expliquer la situation. Il s’agirait plutôt d’un faisceau de causes défavorables qui se cumulent sans qu’une politique suffisamment volontariste, de la part des autorités académique et départementale, n’ait permis d’inverser la tendance.

Un pilotage défaillant

Les interlocuteurs rencontrés (...) expriment les plus grands doutes quant à l’existence d’un pilotage académique et départemental suffisant ces dernières années. Les enseignants dénoncent le grand vide, depuis quelques années, en termes de projet, de décisions, de mise en œuvre globale des actions. On parle d’absence de politique sérieusement menée et de « gestion à la calculette », au coup par coup, sans analyse prévisionnelle ; cette appréciation est-elle à relier à l’important turn-over des inspecteurs d’académie dans le département depuis quelques années ?

Une politique départementale déconcertante

- la carte scolaire, qui s’apparente plus à un jeu d’équilibre entre les ouvertures et les fermetures qu’à une mise en adéquation des moyens avec les besoins du système ;
- la volonté insuffisante de recueillir les résultats aux évaluations CE2, de suivre les effets de la fermeture des structures spécialisées ;

- s’agissant des remplacements, une organisation départementale actuelle qui entraîne de réels problèmes : remplacements non assurés, succession de plusieurs personnes sur le même poste....

(...) Face à une forte contestation syndicale, l’administration départementale n’a pas toujours tenu fermement ses positions, mettant les IEN dans une situation difficile, les amenant peu à peu à être moins exigeants.
Les maîtres ne perçoivent pas jusqu’à présent de politique départementale clairement définie, politique qu’ils auraient à mettre en œuvre dans le quotidien des classes. Pire, l’échelon départemental est parfois perçu comme une entrave à l’action du fait de ses incohérences et de l’instabilité de ses positionnements.

Le conseil des IEN (...) est avant tout mobilisé sur des points d’organisation et d’administration. La concertation sur le fonctionnement des circonscriptions n’y apparaît que rarement, le débat pédagogique y reste très théorique, sans que soient abordées des questions précises liées aux pratiques dans les classes. En fait, les décisions semblent avoir été prises depuis des années au niveau de la cellule pédagogique départementale. Doit-on voir là les conséquences de la prégnance d’un petit noyau de personnes ou bien celles d’un renouvellement de l’équipe des IEN qui n’ont su retrouver ni le sens de la collaboration, ni le souci de cohérence, laissant ainsi le champ libre aux autres acteurs ?

La déficience de certains services départementaux et le pouvoir excessif de l’administratif sur le pédagogique

La gestion financière effectuée par la DAFIG manque tellement de transparence que cela permet à son chef, en poste depuis longtemps, de garder le pouvoir et d’imposer ses vues en l’absence de pilotage ferme par le secrétaire général et l’inspecteur d’académie. La gestion de certains dossiers est, elle aussi, déficiente, notamment en ce qui concerne la formation continue et le suivi de l’aide aux projets pédagogiques.

Une formation et un encadrement déficients des enseignants

Des relations conflictuelles avec l’IUFM

(...) un climat d’opposition, voire de conflit, a régné dans ce département durant les dix dernières années entre l’IA et l’IUFM. Les raisons sont sans doute à rechercher dans certaines insuffisances, d’ailleurs reconnues par les deux parties, tant du côté des formateurs IUFM (en français particulièrement) que des IEN intervenant durant une certaine période dans la formation initiale et continue.
Un plan de formation peu attractif

Le plan de formation continue se contente, le plus souvent, de reproduire d’une année sur l’autre les mêmes actions, ce qui entraîne une démobilisation évidente des enseignants. Face à un déficit régulier de candidatures, les IEN sont obligés de « battre le rappel » et de « forcer la main » des enseignants afin d’assurer les formations couplées avec la formation initiale. Les décisions prises ne tiennent pas compte des besoins des enseignants et les formations mises en place sont de qualité très inégale (on va jusqu’à parler « d’incompétence notoire » de certains formateurs). La qualité de la formation initiale est elle aussi mise en cause.

L’absence de mobilité des enseignants de l’IUFM est dénoncée comme un facteur aggravant de « sclérose pédagogique ».

Des IEN en retrait

(...) ), les rapports d’inspection sortent trop peu souvent d’une description formelle et ne s’appuient qu’exceptionnellement sur les performances constatées chez les élèves pour être efficients.
(...) Les animations pédagogiques qui ont lieu, pour partie sur le temps scolaire, ne sont que rarement assurées par l’IEN lui-même. Confiées le plus souvent à des intervenants multiples, leurs apports éventuels ne font l’objet d’aucun réinvestissement dans le fonctionnement des classes. Leurs thèmes, trop multiples et divers, ne s’articulent que très rarement avec une analyse des résultats des élèves dans les domaines fondamentaux (alors que les IEN évoquent sans cesse la fragilité des résultats).

Le découpage des circonscriptions conduit à l’existence de circonscriptions hybrides manquant d’unité au niveau géographique ou d’homogénéité au niveau des caractéristiques socio-professionnelles de la population scolaire ; ce choix ne facilite pas la mise en place d’une politique cohérente de circonscription.

Globalement, les enseignants se sentent seuls et abandonnés

ils ont le sentiment de n’appartenir à aucune communauté éducative et déplorent
la « débrouille » à laquelle ils sont réduits au niveau des écoles,
du fait de l’absence de réponses de la part l’administration et de la hiérarchie.
Si certains s’inscrivent toujours dans une démarche dynamique, se montrent disponibles et prêts à s’engager (cf. le collectif « l’école que nous voulons pour l’Yonne »), d’autres sont clairement dans une attitude de retrait,
passifs ou à l’inverse dans une opposition très nette.

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