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L’Ecole Maternelle, un socle pour l’avenir.

jeudi 13 janvier 2005, par SNUipp 89

Maternelle

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A l’initiative du SNUipp 89, une dizaine de collègues de l’Yonne ont assisté à un colloque national sur la maternelle le 2 décembre 2005. Eric Mollens-Fevre nous livre ses impressions.

Le colloque d’aujourd’hui s’inscrit dans une actualité politique qui semble ne vouloir accorder que peu de place à l’école maternelle. Des travaux de la commission Thélot aux propositions de la loi d’orientation de 2005, retentit un silence assourdissant. Par ailleurs, la scolarisation des deux et trois ans s’atténue et on constate une volonté de certains inspecteurs d’académie de récupérer des pistes de maternelle au profit de l’élémentaire. Des signes tangibles doivent nous interpeler quant à la réussite exigée pour tous par le SNUipp.

Cette ambition affichée vient aussi interpeler la définition issue du rapport Thélot et reprise par monsieur Fillon du socle commun de connaissances. On lui préfère celle de culture commune où la maternelle constitue un pivot en remplissant la tâche spécifique d’accompagner l’enfant pour le faire devenir élève.

Ce colloque constitue donc un point de départ à des actions qui permettront de rappeler toute l’importance et la nécessité de défendre la maternelle, au sein de l’Institution.

Eric Maurin, économiste, sociologue affiche la thèse concernant l’école et ses inégalités et l’échec scolaire, que l’institution ne fait pas tout, qu’elle ne peut répondre à tout. Il y a un avant, un à côté et un après l’école.

Dans les conditions actuelles d’existence, l’ambition affichée de 100 % de réussite pour une classe d’âge ne peut être concrétisable.
S’il n’y a pas de changement de politique sociale, les résistances ne pourront être maîtrisables par la communauté éducative.

La prise en compte du quotidien de l’élève détermine sa réussite. Le chercheur appuie ses propos sur différents travaux menés en France, Europe, Etats-Unis.
Tous concourrent à pouvoir affirmer que la réduction des inégalités sociales favorisant la plus grande réussite de tous doit s’appuyer sur une politique volontariste en termes de moyens, de formation et d’adaptation différenciée à la personne de l’élève.

Plus tôt commence ce processus en prenant soin d’expliciter les finalités engagées, moins l’aspect anxiogène se développera et la dichotomie en terme de reproduction d’élite ou d’institutionnalisation de la rélégation ne pourra que se réduire au profit du développement de la réusssite du plus grand nombre.

Christine Passerieux, conseillère pédagogique à Paris, dans le quartier de la Goutte d’Or, XVIII.

Mme Passerieux ouvre son intervention sur le rappel que l’école ne peut être qu’inégalitaire car elle participe d’une société inégalitaire, qui le devient fondamentalement plus, chaque jour.
Comment prendre en compte les inégalités que produit l’école pour les atténuer ? Comment agir pour ne pas institutionnaliser un fonctionnement à deux niveaux où les élites se reproduisent et où certains, en échec, se marginalisent et sortent du système ?

Mme Passerieux propose de s’interrroger en profondeur sur les fonctions de l’Ecole en prenant soin de montrer que de l’extérieur des variables voudraient bien lui être assignées.
Très rapidement, proposant de relier son discours à l’actualité, elle dénonce la notion de socle commun proposée par les travaux de la commission Thélot, qui nous attend dans la nouvelle loi d’orientation puisque reprise par Mr Fillon.

Pour Mme Passerieux, un réel paradoxe s’inscrit avec la volonté affichée, scandée d’une réussite maximale d’une classe d’âge. Pour elle, l’ambition affichée ne pourra être réalisée par cet objectif qui va produire de l’inégalité en divisant, sélectionnant, stigmatisant les élèves par l’échec.
Elle aurait préféré, et de loin, une culture commune des apprenants.
S’attachant aux mots, elle montre que les conceps, les actions qui découlent peuvent être contre-productives.
L’ambition de la personnalisation des apprentissages, telle qu’elle se voit proposée, serait contraire aux objectifs mêmes assignés à l’école maternelle.
Cette différenciation opérée dans la personnalisation creuse les écarts, et elle s’appuie sur les travaux de recherche du groupe ESCOL pour montrer que soustraire tel élève de la classe, le dégage des interactions qui y sont en jeu, de la construction du sens qui y est engagé.

Mme Passerieux proposer d’expliciter les logiques de positionnement qui créent un réel malentendu entre l’enseigné, l’enseignant, la famille, l’Institution.
Que fait-on à la maternelle sinon opérer la transition entre le milieu familial et l’entrée dans un milieu où s’affirme effort, discipline, travaol d’apprentissage.
Cela ne va pas de soi pour l’enfant. L’enseignant doit expliciter les parcours en termes d’enjeux, de finalités, de procédures pour l’enseigné. Le lieu de l’école, ses objets d’apprentissage ne doivent plus rester entâchés d’étrangeté mais par leur lisibilité permettre à l’enfant de changer de posture au monde pour lui donner la possibilité de formaliser, conceptualiser.

Par ailleurs, sauvegarder une exigence raisonnée, en clarifiant les attentes de l’enseignant, explicitant les procédures permettront à l’enfant dans la tâche à accomplir, d’élaborer une réflexion, éventuellement de se tromper, de construire de nouvelles hypothèses, de communiquer ses résultats, d’affronter d’autres démarches vécues par ses pairs. Et c’est là, tout l’enjeu de l’école, qu’à plusiuers on parvienne à construire sa propre identité.

Propos rédigés par Eric Mollens-Fevre

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