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Parlez-vous le JacquesBernardin ?

jeudi 17 juin 2004, par Patrick Picard

Contenus d’enseignement, disciplines, matières...

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"Comment les enfants entrent dans la culture écrite", Jacques Bernardin, Retz, 1997/2002, 227p.

Parlez-vous le JacquesBernardin ?

Pas encore ? Vous avez tort, assurément. Voilà un garçon bien singulier, à bien des égards : capable de vous parler de lecture en vous montrant des dessins de vélos. Si, si. Et en plus, capable de remplir des pages entières avec des phrases tellement limpides qu’on s’en demande s’il a vraiment passé les diplômes inscrits à son CV.

Il faut dire qu’il a décidé d’occuper une position bien singulière : chercheur entouré d’élèves (CP-CE1), il entend renoncer aux querelles de méthodes d’apprentissage de lecture, pour s’intéresser d’abord à ce qui se passe quand ses élèves apprennent. Alors, zélateur hardi du "juste au milieu" qui envahit le manuels en ces temps de retour de la "conscience phonologique" ?

Que nenni. L’animal est du genre engagé, très engagé même, au point de vouloir transformer les "passsifs-récepteurs" en "actifs-chercheurs". Alors, parangon de l’idéologie moderne ? Ou retour
aux-bonne-vieilles-méthodes-qui-ont-fait- leur-preuve ? Là encore, le JacquesBernardin se distingue des novlangues en vogue : ni abscons ni faussement concret, notre pédagogue inspecte l’étonnant parallèle entre l’élève et le savoir : ils ont chacun une histoire. Ne comptez pas sur lui pour en rester à un savant discours sur l’ontogénèse et la philogénèse.
La démarche est plus simple, et plus exigeante à la fois : d’abord, vérifier avec les élèves ce qu’ils savent. Ce qu’ils savent du vélo et de son fonctionnement, de la lecture, et même de ce qu’on doit faire pour réussir à l’école. Histoire de vérifier qu’on s’entend, et qu’on arrive à justifier ce qu’on dit.
Premier ébranlement du "passif-récepteur".

Ensuite, mettre des noms sur les choses, de l’ordre dans le complexe : trier, classer, ranger, organiser, reformuler, comparer. Et regarder ce que raconte la Culture Humaine, son histoire, ses avatars, ses changements brusques de direction. Même pour le vélo ? Même pour le vélo. Toucher à
l’émotion de l’appartenance à une histoire, à une Culture.
Deuxième ébranlement du "passif-réceptif".

Et construire ensemble "les règles de l’arbitraire" : se remémorer les mots, ou chercher tous ensemble ? De l’idéographique à la découverte du principe alphabétique, Bernardin ne s’empêche rien, pourvu qu’il s’en serve pour aider à "déplacer les conceptions" des élèves. Modification du comportement de l’élève, envie d’apprendre et confrontations de ce qu’on croit savoir sont au coeur de la démarche mise en place.
Troisième (et décisif !) ébranlement du "passif-récepteur...

Simple, trop simple, me direz-vous ? Après 23 ans de bons et loyaux services, je suis effectivement pris d’un doute : et si le changement de regard sur les savoirs et les élèves, cette position de recul sur tant d’habitudes ne rendait possible tous les espoirs ?

Vous l’avez compris, dès que le fan-club du Bernadin se crée, j’adhère.

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