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Syndicat National Unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC

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Le collectif pour l’Ecole que Nous Voulons dans l’Yonne organisait à Avallon la première d’un cycle de trois réunions pour continuer la réflexion sur les besoins éducatifs dans l’Yonne. Une réussite.

Ecole et territoires à Avallon : débat ouvert !

Elus, IA, conseillers généraux, parents, enseignants... Le débat est resté poli malgré les ressentiments, mais il a permis pour la première fois à chacun d’entendre les arguments de tous, après une remarquable introduction faite par Anne Bouju, géographe spécialiste de l’Ecole rurale.

mercredi 31 mars 2004, par SNUipp 89

Le système scolaire

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

Note de réunion " Ecole et territoires "
Ecole que nous voulons Avallon le 30 mars 2004.

Mickael Doré, directeur départemental Jeunesse et Sport, modérateur du débat :

L’éducation, un problème partagé... Nous avons choisi de poursuivre le grande débat et la réflexion sur trois thèmes : Education et Territoire Rural, Ecole et Laïcité, Projet Educatif pour l’Yonne.
Quels sont les atouts et les handiaps du territoire rural ? Le territoire vécu est-il le territoire administré ? Y-a-t-il un territoire adapté pour l’Education ? Comment articuler et concilier les différentes légitimités des acteurs ? Que pensent les élus des contrats que portent les institutions ?

Anne Bouju, géographe
(travaille sur les territoires ruraux depuis 1991).

L’école rurale s’est construite sur une relation forte entre école et commune. Depuis les années 90, on s’éloigne de cette idée simple de proximité pour travailler sur la pertinence et la qualité des types de structures. Dans un contexte où les mobilités sont plus grandes, où les modes de vie s’harmonisent, tout change. Le Rapport Mauger, en 1991, concluait qu’il serait bien de supprimer les écoles de moins de trois classes. Mais entre 1990 et 1995, les études de la DEP confirment que les écoles rurales font aussi bien, voire mieux, que les autres... La question de la qualité des structures n’a pas fini d’être débattue.
Les exigences des parents évoluent, ils expriment des exigences. Les élus locaux, de plus en plus sollicités par les demandes de scolarisation en dehors de leur commune de rattachement, entrent sur la scène de décision, avec l’intercommunalité. D’où l’intérêt de votre initiative : quelle école voulons nous, quel maillage du territoire, quelle articulation entre scolaire et péri-scolaire ?

La question qui se pose est donc souvent : faut-il maintenir les petites écoles, dont certaines ont fait la preuve de leurs qualités pédagogiques, ou regrouper, pour assurer une meilleure qualité de l’école ? La proximité et la qualité sont souvent présentées comme inconciliables. Mais qu’est-ce que la qualité, qu’est-ce que la proximité ?

Il est nécessaire d’articuler plusieurs échelles, du local le plus petit (commune de 200 habitants) au national, siège de l’Etat garant de l’appartenance de chaque territoire à un ensemble national. Il faut donc essayer de prendre en compte toutes les missions de l’Ecole.

Résultats de recherches :

- L’analyse des déplacements entre lieux de résidence et lieux de scolarisation montre une complexité des flux : 20% des enfants sont scolarisés hors commune, chiffre qui se retrouve partout en France.

- Mais les écarts sont grands : 8% dans les communes qui accueillent tout le cycle scolaire (parfois avec des dérogations pour y venir), 20% dans les RPI, certains fonctionnant mieux que d’autres. Les flux s’écartent alors dans de nombreuses directions, pas vers le seul bourg-centre.

- Le lieu de scolarisation ne correspond pas au lieu de travail, contrairement à ce qu’on présente officiellement lorsqu’on demande une dérogation.

- Les exigences des familles ne remettent pas en cause, pour plus de 80%, la demande de proximité (l’école du village), mais à certaines conditions : que l’école ait changé par rapport à ce qu’ils ont eux-même connu, avec exigence d’une école moderne. Ils vont chercher à s’en assurer par la visite, les rencontres avec les enseignants. Ces comportements ne sont pas spécifiques du rural : en urbain c’est pareil. D’où la question de ce qu’on rend visible de l’école (inscription, accueil...).

Nous sommes donc amenés à réfléchir à la complémentarité entre les différents modes de garde, les équipements...

- Le choix de l’école s’exprime différemment selon les représentations qu’ont les parents de la notion de ruralité : en tant que parent, enseignant, institution, on a tous des représentations différents et diverses au sein de chaque groupe. Le renouvellement du corps enseignant amène parfois des évolutions sur ce qu’est l’école rurale, même si ces représentations peuvent évoluer. Les enseignants aussi vont se souvenir de l’accueil qu’on leur a fait, qui dépend souvent des élus, qui sont dans une temporalité plus longue...

- Les petites structures rurales ont toujours à faire davantage la preuve de leur qualité pédagogique. On a toujours un doute sur leur qualité, elles doivent la rendre visible davantage que d’autres. C’est une difficulté supplémentaire pour les élus et les enseignants qui s’y investissent. Quand l’école est toute petite, c’est souvent beaucoup de travail pour peu de personnes.

- La représentation du " modèle urbain " qui garantirait des sorties, des équipements.... est à vérifier. Le mythe de la grosse structure est souvent évoqué dans les rencontres avec les élus, les parents...

- Pour une partie des familles, le choix de l’école de proximité est porté par une appréciation positive : diversité des activités, qualité de la relation parents-enfants (mais ça ne va pas de soi), prise en compte de l’enfant : on VOIT ce qui s’y passe. Ces familles ne voient pas d’inconvénient majeur aux cours à plusieurs niveaux et apprécient favorablement l’hétérogénéité. L’importance du discours des enseignants est primordiale, et les enseignants la sous-estiment : si eux-mêmes ont des doutes sur l’organisation de l’école, ça a un impact fort sur les parents. Le RPI peut être vécu comme un moyen de garder l’avantage de proximité tout en limitant le nombre de classes. Dans ce cadre, l’école urbaine apparaît aussi, à tort ou à raison, comme un lieu de violence et d’anonymat. Certains, contents de l’école, déménagent pour bénéficier de méthodes pédagogiques innovantes. Ce type de parents (de catégorie favorisée) est minoritaire, mais pose la question des dérogations et des scolarisation hors commune.

- Mais le rapport à l’école est souvent un compromis, car plusieurs chemins peuvent être pris, en fonction des positions des uns et des autres. Les parents souhaitent des réponses à leurs inquiétudes : sans réassurage ou communication, les parents peuvent partir. Ils demandent une contractualisation : là où il y a un projet de territoire, un investissement, une mobilisation, l’Etat devrait garantir les moyens à long terme. La temporalité de la carte scolaire, associée à la non-maîtrise des effectifs, rend précaire tout projet à long terme. L’association de tous les acteurs est donc primordiale, du terrain jusqu’aux représentants de l’Etat.

Les sociologues montrent que les " représentations " des gens peuvent changer, évoluer dans le temps. Les représentations de l’Ecole rurale se construisent SUR le territoire, sur le long terme : impact du discours des enseignants, expériences des autres écoles vécues auparavant...
Chacun à son rôle, son importance, pour faire évoluer ce qui se passe sur le territoire.


Débat

Parent d’élève :
La réunion que nous avions menée à St Père nous avait amené à l’urgence de se revoir... Mais rien n’a avancé. Je constate ici l’absence de nombreux élus du Vézelien dans cette salle, et je le regrette.

M. Jost, conseiller général

Ma position d’élu est un peu délicate. Dans le canton de Guillon, nous avons pris la compétence scolaire en intercommunalité. On cherche à débuter le processus par le début, la maternelle. C’est ce qui m’a fait réagir en apprenant le risque de disparition d’une classe primaire.

Le conseil général intervient au niveau du transport. Je pense qu’il faut surtout considérer le temps de transport. Au-delà d’une demi-heure, c’est trop. Il faut donc imaginer un maillage qui permette de ne pas dépasser ce temps. Il faut aussi réfléchir au niveau de plusieurs cantons, au niveau du pays, en articulant les différents projets.

M. Lemaire, Association des Maires Ruraux

Les populations rurales sont beaucoup plus mobiles. Pour un élu qui vit depuis longtemps dans son territoire, on peut avoir du mal à s’adapter.
Pour moi, la loi qui autorise les parents à emmener leurs enfants dans une autre école me choque. Evidemment, je sais qu’il faut prendre en compte les organisations du travail qui obligent à mettre en place des structures avant et après l’école. Mais comme président des maires ruraux, j’ai lutté longtemps contre cette loi qui permet à chacun de faire fermer l’école de son village, dans un sentiment égoïste, parfois revanchard. Lorsqu’une commune n’a pas de capacité d’accueil, on se retrouve à des écarts considérables dans les contributions demandées aux communes, qui peuvent tripler d’une année à l’autre.

L’idée d’école de territoire me semble bonne, mais on ne peut pas dire qu’il y ait une cohésion entre l’éducation nationale et les élus. Il faudrait une grosse amélioration. Aujourd’hui, on assiste à une mise en concurrence sauvage entre communes sur le champ de l’école, ce qui n’est pas digne d’une société évoluée. Vraisemblablement, il faudrait que le coût de l’école soit pris globalement : recevoir l’ordre de payer 15 fois 5000 F par an n’est pas raisonnable. On pourrait adapter le financement des écoles à une " zone d’éducation ". Ca pourrait se faire, et ça rejoindrait le principe de base de l’égalité prônée par Jules Ferry, en répartissant les coûts scolaires sur un territoire, non pas par tête d’élève, mais par potentiel fiscal.

P. Picard, enseignant :

l’idée d’une mutualisation des ressources sur un territoire large est nécessaire, autant pour permettre l’accès égal de tous les élèves à des ressources éducatives (équipements sportifs et culturels, crédits de déplacements, classes transplantées...) que pour avoir un projet cohérent d’accueil et d’organisation scolaire. L’idée de " zones d’éducation " est intéressante. Mais en l’absence de volonté affichée par les élus locaux, qui doit piloter ? L’IA ? Les réprésentants de l’Etat ?

M. Jost :

C’est vrai, il y a des inégalités : nous nous sommes aperçus que certains élèves ne savaient pas nager en entrant au collège. On a mis en place au niveau intercommunal un projet pour qu’au niveau du pays, tous les enfants puissent accéder à la piscine...

M. Saligot, enseignant en classe unique :

Les communes ont du mal à payer le transport, mais on peut avoir des aides avec les CEL si le partenariat

Anne Bouju :

La loi sur les scolarisations hors commune est très restrictive, mais on est sur des usages permissifs entre communes. Là aussi, il faut faire la clarté sur le coût de l’école.

M. Doré, DDJS :

Les parents ont une image de l’école qu’ils ont près de chez eux, et contournent. Est-ce parce que leur image est fausse, ou parce qu’on ne s’est pas organisé pour que le péri-scolaire soit bien organisé ?

M. Morineau, président de la FOCEPY :

Les zones territoriales éducatives ? Peut-on inventer des projets territoriaux qui prendraient en charge le scolaire et le péri-scolaire ? Mais avec quelle instance de rencontre et de délibération pour formuler et modifier le projet ? Quelles habitudes du travail commun, du partenariat ? Chiche, inventons cet espace... tout en laissant les décisions ultimes aux mains des institutions qui sont responsables.

A. Bouju :

Il existe des exemples associatifs : parents, élus, enseignants qui peuvent amener des débats pédagogiques, permettre d’arriver sur le terrain de la co-éducation. Ça peut aboutir à des réseaux d’école. Souvent, ça part dans les réseaux qui existent entre les enseignants, ou une réflexion sur l’Ecole qu’on veut (!), avec des points communs apparus sur les mêmes valeurs (diversité sociale, investissement...)... Ça demande du temps pour apprendre à travailler ensemble, avec la difficulté d’une carte scolaire où chacun monte au créneau sur son propre territoire. Mais c’est possible si on a des personnes qui sont porteuses de projets fédérateurs. Il ne faut pas nier l’importance de la confrontation entre les intérêts individuels et les intérêts collectifs... Dans le contexte actuel, c’est de toutes façons la seule solution, que ça passe par un réseau d’école, un pays, une intercommunalité, un collectif comme le vôtre...

M. Doré, DDJS :

les comités de pilotage des CEL et des contrats temps libre existent...

M. DelRieux, président du CLAS :

L’association CLAS que je préside correspond aussi à ce que vous définissez. Je pense que la commission " Jeunesse et Enfance " du pays avallonais y travaille. Depuis quelques années, je sens une évolution nette dans la volonté des maires de prendre en charge le temps scolaire et le hors temps scolaire. A la communauté de commune " Terre Pleine ", nous commençons à prendre en charge les compétences enfance jeunesse. Mais c’est toujours très lent malgré l’investissement associatif.

M. Jost, Conseiller Général :
Au niveau du pays, nous avons essayé de monter un projet qui était surtout post et péri-scolaire, mais le projet n’a pas été retenu. C’est vrai qu’on peut observer une concurrence forte (on peut même parler de dumping) de la part de communes qui ne répercutent qu’une petite part du coût scolaire

Parent :

A Tharoiseau, il y a plus de gens qui font 10 km pour aller à l’école privée que pour aller à St Père où les enfants finissent à 4 h du soir. Sans accueil post scolaire, les parents ont vite fait le choix... Alors, quelle place les décideurs veulent-ils accorder à l’école privée ?

M. Doré :

Entre privé et public, ne faut-il pas se poser les questions en terme de concurrence ? La prise en compte du temps des parents est à prendre en compte...

M. Romanski, instit Avallon :

l’inscription dans le privé dérèglemente. Si nous n’avons pas les mêmes règles, on ne joue pas dans la même cour. Je sens bien que les parents choisissent parfois leur marque de lessive comme leur école. Je suis choqué par le terme de vitrine. Si mon métier est d’être concurrentiel ou publicitaire, je vais à l’encontre de ce qu’est l’école républicaine. L’Education et l’Ecole ne sont pas les mêmes partout... Les élèves n’ont pas tous accès aux enseignements obligatoires des programmes puisque nous n’avons pas les moyens de les respecter.

M. Apffel, instit Ouanne :

Je ne suis pas d’accord sur l’idée de compétition. L’Ecole n’est pas un service public, c’est une institution qui n’est pas seulement là pour faire plaisir à ses clients-parents...
Quant aux dérogations, rappelons qu’en définitive c’est toujours la commune d’accueil qui décide, puisque que le préfet impose aux communes d’origine de payer même s’ils n’ont pas autorisé la dérogation.
Sur mon territoire, les concertations entre communes sont bloquées. Qu’y faire ?

Adjointe aux affaires scolaires, Avallon :

Réfléchir à la compétence scolaire à plusieurs donne de la force.

Instit :

l’Education est nationale. Pourtant les situations sont diverses d’un endroit à un autre. Mais derrière tout ça, doit-on s’engager vers des fonctionnements soumis au volontariat des uns et des autres, ou doit-on normer pour une situation égalitaire ?

M. Morineau :

Oui, la question est bien " qui a autorité sur la mise en projet ? ". L’intercommunalité n’est pas forcément la bonne solution.

A Bouju :

La question est " quel est le rôle de l’Etat dans la garantie sur le territoire, quel rôle d’arbitre, de redistribution " ... L’Etat n’est pas désincarné, il a des représentants à tous les échelons. Les parents et les enseignants s’en rendent compte, et se posent la question de qui doit garantir la qualité.

M. Lemaire :

La perversité de la loi sur les dérogations est double. Même quand la loi n’est pas respectée, l’Education Nationale ne peut rien faire et on est dans la dérive, multipliée par le fait qu’on fait payer les communes à la capitation. Certaines communes continuent à avoir leurs écoles, mais doivent financer les élèves qui sont partis de leur école. La République est une et indivisible, et cette loi est scélérate. La seule solution est, je le répète, de trouver une solution à l’intérieur d’une " zone d’éducation ", pas dans l’intercommunalité. Dans mon canton, j’ai 5 types de structures différentes... La formule GIP peut permettre de trouver la solution, mais personne ne l’utilise : c’est quelque chose qui permet de faire remonter les coûts d’une compétence et de les faire redescendre sur les communes, les SIVOM... Sans cela, on est très inefficace : chacun peut-il monter son service, son centre de loisirs ?

Parent d’élève :

Je trouve que l’Etat se désengage avec les fermetures de classe en milieu rural. Les règles de fermetures vont amener des regroupements, un coût plus élevé, des transports plus longs... Il vaut mieux développer les écoles rurales en bonne santé. Arrêtez de fermer les écoles.

Parent St Père :

On nous demande de faire des projets, mais quelle garantie l’Etat peut-il nous donner qu’on ne va pas fermer tout de suite après ?

M. Jost :

L’Ecole n’est pas faite pour plaire aux parents, mais vous ne pouvez pas empêcher que les parents jugent l’Ecole. On ne vit pas hors du temps. Que vous le vouliez ou non, les parents réagissent et veulent le meilleur produit possible.

M. Vérani, Inspecteur d’Académie :

J’ai entendu ce soir quelques propos réalistes. Il faut que nous restions réalistes quand nous parlons de l’école. Le partenariat, c’est le partage d’une préoccupation commune, mais aussi dans l’abandon d’une part de ce que chacun pense être une prérogative. Les enseignants acceptent-ils facilement que les parents discutent avec eux de pédagogie ? Les parents acceptent-ils facilement que les enseignants les interrogent sur leurs pratiques éducatives, y compris pour apprendre à dire " Non ". Est-ce que des élus vont accepter de discuter de manière ouverte lorsque leur population scolaire diminue comme peau de chagrin ? Partant de là, l’EN pourra abandonner certaines de ses prérogatives, surtout les plus pénibles : couper les têtes qui dépassent. Nous avons davantage d’ambition à fabriquer des projets éducatifs d’avenir.

Instit :

Je n’avais pas vu que la réduction des déficits publics auxquels nous sommes soumis visait à un projet éducatif plus performant...

M. Aubanelle :

Devenir parent, ça ne se décrète pas, ça s’apprend. Comment les aide-t-on ?
Quelles garanties ont les maires que dans les années à venir, leurs écoles vont rester ouvertes ?

Adjointe aux affaires scolaires Avallon :

Le REAP (réseau Aide à la Parentalité) existe à la CAF.

M. Lemaire :

Ce sujet de l’Education m’interpelle. J’ai la conviction que parfois, on ne fait pas bien notre boulot. Les partenariats n’ont pas bonne presse. L’urgence serait de mettre en place ses unités de concertation, afin que ce que nous avons fait ce soir ne retombe pas comme un soufflet. Il faut commencer, il faut que quelqu’un se prenne la main. L’association des maires ruraux y est prête, sans tarder ni craindre les vraies tensions. Ne pas y travailler serait irresponsable.

Anne Bouju :

Chacun a un rôle à jouer, on ne peut pas se contenter de botter en touche ses responsabilités. La question " Quelle logique on alimente ? " est centrale : ne pas se contenter de coller aux attentes consuméristes, dans une fuite en avant sans fin, mais SE METTRE D’ACCORD sur les objectifs, les valeurs, et DECLINER la qualité selon les spécificités du territoire sur lequel on est.
Il faut certes s’occuper des accès aux équipements et aux biens culturels, mais aussi creuser ce qui se passe DANS la classe, ses contraintes et ses difficultés. Les parents, si on prend le temps de discuter avec eux, ne sont pas que dans le consumérisme. Le préalable de la confiance n’est pas gagné d’avance, mais il faut faire avec, au quotidien.

Notes séance : P. PICARD

Messages

  • En guise de réaction au débat d’Avallon, j’aimerais pointer le courage qu’ont les équipes enseignantes des secteurs ruraux.
    Courage de se donner le temps de la formation adaptée à ces secteurs ruraux et leurs spécificités.Courage pour se construire,malgré l’isolement, quelques certitudes et pouvoir ainsi engager ce dialogue de confiance indispensable avec les parents.

    Dans le rural les parents ont encore plus qu’ailleurs l’école au centre de leur préoccupation, l’école est souvent le coeur de village. L’anonymat de l’enseignant, comme de chaque habitant, est impossible.Chaque jour il doit davantage faire la preuve de ses compétences professionnelles, rendre lisible son travail auprès des élèves. Conscients que la qualité de la vie rurale apporte des "plus" indéniables aux jeunes enfants, les parents n’en sont pas moins attentifs et exigeants // l’avenir scolaire de leurs enfants, leur épanouissement personnel, l’ouverture au monde culturel.L’enseignant est alors l’interlocuteur privilégié des familles et on est très à l’écoute de ses propositions ou... de son silence.

    Garder l’envie d’ échanger avec leurs collègues sur la qualité de l’enseignement pour enrichir ses propositions, conserver l’énergie d’agir pour construire des outils pour la classe, qui vont compenser l’éloignement des lieux stratégiques, demandent à ses enseignants une dynamique, une volonté tenace.

    Conseillère pédagogique en Arts Visuels, je constate chaque jour l’inégalité des classes face à la proximité des lieux et des objets de culture. Nous sensibilisons de manière récurente les structures culturelles à cette donnée.
    Nous essayons de rédiger avec les collègues lors des animations, des stages,puis diffuser le plus possible de documents lisibles.
    La création du Point Arts dans notre département est une piste-réponse à développer, à enrichir par vos remarques.Celui-ci permet le prêt d’outils pédagogiques, de reproductions artistiques mais surtout est un lieu de réfléxion, d’échanges de pratiques et démarches variées.Il a été conçu comme une plaque tournante entre les écoles et les lieux pédagogiques, les lieux de culture dans l’Yonne dans le but de créer des rencontres-échanges.
    Nous avons par ailleurs, et depuis longtemps, évoqué l’idée d’un Art-bus qui sillonerait le département pour proposer des expos tournantes,des ateliers,des initiations à la lecture d’oeuvres...Pour le moment et faute de moyens pas d’echo à cette proposition... A suivre !!! car le fait d’avoir un territoire d’action étendu ne règle pas le problème de l’énergie à dépenser ...

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