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Un million d’enfants pauvres... et l’école !

jeudi 26 février 2004, par Eric Apffel

Le système scolaire

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

Le Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale a rendu récemment
un rapport sur les enfants pauvres qui a fait grand bruit. Un chapitre entier
est consacré au rapport entre pauvreté et école. Un éclairage dont on
doit se saisir puisque près de 8% des moins de 18 ans vivaient en 1999 en dessous
du seuil de pauvreté monétaire de 560 euros.

Et de conclure par une phrase que nous reprendons volontiers à notre compte
 :
"La préparation de l’avenir est au cœur des discours publics. Or, il ne
peut y avoir, tant du point de vue de la solidarité que de l’efficacité, meilleur
investissement dans l’avenir que celui permettant à chaque jeune français d’être
doté des moyens de son épanouissement personnel et de sa participation active
au progrès de la société."


Etat des lieux

Le Conseil dresse d’abord un état des lieux. Pour lui, la différence de revenu
est un facteur d’inégalités encore plus important que les catégories socio-professionnelles
 : "Facteur particulièrement lourd de difficultés futures, l’échec scolaire
touche particulièrement les enfants des familles à bas revenu. Cette situation
est enregistrée dès l’entrée à l’école. Elle tend à s’aggraver au cours de la
scolarité. Ainsi, le retard scolaire à l’entrée en sixième est très nettement
concentré sur les enfants à bas niveaux de vie."

[...]
"Les inégalités devant l’école selon l’origine sociale des élèves se sont
réduites au cours des dernières décennies et cela surtout du fait de l’allongement
général de la durée des études (Cerc, 2003). Toutefois de fortes inégalités
persistent : elles se forment progressivement tout au long de la scolarité et
touchent tout particulièrement les enfants pauvres."
, "Ainsi, l’accès
à une classe de terminale est très marqué selon le niveau de revenus des parents."


[...]
"le retard [des enfants pauvres] apparaît plus tôt que pour les autres
enfants et ils connaissent plus souvent un retard d’au moins deux ans en troisième.
Les difficultés scolaires des enfants pauvres apparaissent donc très tôt
et se forment en grande partie dès le primaire.
"
[...]
"La moitié des jeunes sortis de l’école à 17 ans sans diplôme vit dans
le cinquième des ménages les plus pauvres. L’objectif républicain de l’égalité
des chances n’est manifestement pas atteint. De plus, l’incapacité à résoudre
l’échec scolaire va d’autant plus peser, à terme, sur l’efficacité économique
de l’ensemble de la société, que celle-ci s’oriente vers une « économie de la
connaissance
 ». "


Les causes

Parmi les causes de l’échec, le Conseil met en avant le niveau d’études des parents, et particulièrement de
la mère (sans doute parce que c’est elle qui aide le plus l’enfant à la maison).
De quoi faire réfléchir sur le rôle inégalitaire des devoirs à la maison.


Tentatives de remédiation

Divers dispositifs sont actuellement à l’œuvre ou expérimentés dans ce
domaine : les zones d’éducation prioritaires (ZEP) et, beaucoup plus récemment,
le édoublement des cours préparatoires. Il faut mentionner également les réseaux
d’aide et de soutien aux enfants en difficultés (RASED). Au-delà de ces dispositions
assez générales, dont l’efficacité est parfois plus faible que les espoirs qu’elles
ont suscités, il faut peut-être changer d’échelle en concentrant un effort très
intensif et très précoce (dès le CP) sur les élèves repérés en difficulté, effort
qui serait poursuivi jusqu’à ce qu’ils puissent « rejoindre le peloton ».

Dans certains cas, d’ailleurs, cet effort ne pourra se contenter d’une intervention
limitée à l’enfant et à l’école, mais devra concerner l’aide aux parents et
d’autres acteurs que les seuls enseignants.

Une attention particulière doit, par ailleurs, être portée aux enfants de
familles immigrées : ici, la lutte contre le risque d’échec scolaire des enfants
doit être coordonnée avec les politiques d’aide à l’intégration des parents,
y compris au sein de l’école.

Messages

  • Réfléchir sur le rôle inégalitaire des devoirs à la maison ?

    Réfléchir, c’est s’interdire les conclusions hâtives. Revenir sur le poids des inégalités sociales et plus particulièrement sur le niveau d’études des parents, ce n’est pas ressasser le même discours sur ce rôle inégalitaire des devoirs à la maison et rappeler une fois de plus la prétendue nécessité de leur interdiction.

    C’est admettre que la solution apportée au problème pourrait avoir été pire que le mal, que l’injustice de la situation pourrait avoir été aggravée par la manière dont nous l’avons abordée et cru pouvoir y remédier par un texte de loi.

    Si nombre de maîtres, depuis 56, malgré les rappels et les pressions, répugnent à les abandonner, pourquoi ne pas s’interroger sur cette résistance au lieu de la condamner ou l’occulter ? Pourquoi laisser dire que seuls les parents privilégiés réclament leur maintien. Nous avons besoin sur ce point d’une analyse plus fine du problème et de directives plus réalistes.

    Recommander officiellement la prise en compte des "différences de rythmes d’apprentissage" mais en s’en tenant au cadre strictement défini du "temps scolaire" c’est déjà, au plan quantitatif, un mauvais compte. Mais l’aspect qualitatif est de même ordre : interdire à un élève qui vient enfin de comprendre une difficulté de terminer à la maison la tâche qu’il peut désormais maîtriser seul, cela est un non sens.

    On peut sortir de ces dangereuses contradictions en associant strictement les devoirs du soir – non plus interdits mais facultatifs - au déroulement des apprentissages quotidiens. L’élève étant seul à pouvoir juger – sous le contrôle du maître mais dans le cadre d’une pédagogie étayante qui lui permet de piloter lui-même ses apprentissages – du travail qu’il va pouvoir aborder, tant en classe qu’à la maison.

    Voir en ligne : Pédagogie de Maîtrise à effet vicariant

    • Sur les devoirs, une anecdote authentique à méditer.

      Les deux parents travaillent. La mère prend Etienne (9 ans - pas le vrai prénom de l’enfant) à la sortie des classes à 15 heures 30. Elle doit attendre son mari, qui a la voiture, jusque 17 heures 30.

      Que fait-elle ? Elle va au café du coin et pour ne pas perdre du temps, elle donne une limonade à l’enfant, elle prend une bière et elle fait le devoir. L’enfant n’a qu’à recopier. Ainsi le devoir ne gêne pas le travail à la maison.

      Un jour, elle n’a pas compris l’exercice. Nous n’avons pas osé lui mettre zéro.

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