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Benoit Falaize : lire-écrire en histoire-géographie.

samedi 25 octobre 2003

Contenus d’enseignement, disciplines, matières...

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Comment apprendre à parler, lire et écrire en histoire et géographie.

Comment on fait dans la polyvalence ? Comment on met les élèves au travail ? Comment on leur permet de mettre en place des procédures de travail ? Comment on compense au quotidien les inégalités sociales ?

Je crois que l’école primaire est le lieu par excellence de la maîtrise de la lecture et de l’écriture. On a tendance à se priver de miroirs qui sont utilisés magnifiquement à la maternelle...

Au commencement des commencements était un mot : Chronos, qui désigne le début de l’histoire, mais aussi le verbe (conjugué, mais aussi sens du monde) sur l’axe du temps.

Décortiquons les documents d’application des nouveaux programmes.
- L’Histoire est dans le même bloc que la littérature, et c’est bien.
- Faut-il entrer dans la langue pour pouvoir entrer dans l’Histoire ? Faut-il entrer dans l’Histoire pour perfectionner le parler et le lire-écrire ? L’Histoire peut-elle aider au lire-écrire ?
Evidemment oui. Epistémologiquement, l’Histoire a une triple dimension : le Temps, le Récit et la Vérité.

Trois propositions pratiques :

- il est très important de raconter des histoires aux enfants : intérêts culturels (construction de culture commune), psycholinguistiques (compréhension et mémorisation), linguistiques (pronoms, adverbes, locutions, concordance des temps, ruptures, syntaxe...). Ce qui construit la langue construit le sens, comme en littérature. Quand un élève écoute, il ne fait pas rien. Il met en mémoire, se pose des questions, résonne (ou raisonne...) grâce à la parole experte du maître. Lorsqu’on va rappeler ce qui s’est passé la semaine précédente, on va demander aux élèves de redire ce qu’ils ont entendu, qui va être complété par les autres, dans une interaction langagière.
Mais quel type de récit ? Un récit problématisé (pourquoi je parle de la piscine privée de Charlemagne ? Parce que c’était un instrument de prestige lui permettant de réinvestir la position d’empereur romain...), un récit permettant un travail sur la lecture, le plaisir de l’histoire, de la construction du sens, même s’il n’y a pas de vérité scientifique de l’histoire...), qui rend la dimension vécue, sensible, qui " bouche les trous " en imaginant des liens entre des sources lacunaires archéologiques, des textes...

- le lire écrire est au coeur du disciplinaire
Extrait des IO : lire à haute voix, plusieurs fois s’il le faut, trouver des infos dans une source documentaire, interpréter ce qu’on a compris, participer à l’oral, rédiger une trace écrite qui va être une sorte de " dictée à l’adulte " de ce qu’on a compris ensemble. On construit ainsi le rapport à la langue écrite, autrement que par le seul collage d’un résumé que vous avez préparé à l’avance... Fabriquer le texte du résumé, ça change tout du rapport qu’on va avoir à ce résumé.

- construire dès le cycle II la distinction entre récit de légende et récit réel.

L’Historien n’est pas libre. Mais si l’organisation narrative est la même, le texte historique a des contraintes spécifiques que n’a pas le Chat Botté. Dans l’Histoire, le Chat Botté ne peut exister parce qu’un paysan du XIIIe siècle ne pouvait devenir prince, et que c’était tellement insupportable qu’il fallait bien inventer des histoires pour s’extraire de l’insupportabilité du monde...

Et la géographie ?

Tout ce que j’ai dit là vaut pour la géographie...
Cartes, affiches, pub pour la banane martiniquaise... Tout est bon à prendre, y compris les textes de littérature (cite Modiano, " rue des boutiques obscures ", ou Smadja...) pour expliquer ce qui change, ce qui ne change pas entre ici et ailleurs, entre aujourd’hui et autrefois). C’est beaucoup plus riche que sans le support littéraire qui nous a permis d’être dans une perception culturelle et humaine... Ca peut aussi aller jusqu’aux arts plastiques... : avec des textes parlant des impressions des néo-immigrants prenant le métro à New-York, on peut retrouver beaucoup d’émotions en étudiant le plan du métro de la ville ou un tableau de Mondrian...

En expression écrite, favoriser l’atelier d’écriture sur " et si toi, tu étais à sa place, que dirais-tu, que ferais-tu " ? Ouvrir la place aux différents points de vue (le cahier du tiers, de la noblesse, du clergé, d’un noble qui est pour la révolution, d’un noble qui est contre...)

Et ne pas oublier l’histoire des savoirs, l’histoire de l’Ecole : histoire de l’écriture (évolution et transformation des lettres, des systèmes alphabétiques...), l’épistémologie...

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