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6h pour réduire les inégalités scolaires ! Que cachent les stages de remise à niveau version Blanquer ?

mercredi 1er avril 2020, par Nina Palacio

défense du service public

Dans son dernier message vidéo du 31 mars, après avoir dit que les 2 semaines de vacances de printemps qui commencent bientôt pour la 1ère zone seront « un temps de repos essentiel » suite à cette période pendant laquelle les enseignant-es ont « redoublé d’efforts » (merci de le reconnaître enfin !), Blanquer fait un appel à volontaires pour travailler durant ce temps de vacances dans le cadre de stages de remise à niveau. Un dispositif bien connu mis en place sous l’ère Sarkozy…

Mais, qui pourrait croire que 6h pendant un temps de vacances permettront de rattraper les difficultés scolaires d’enfants en « décrochage scolaire », selon les mots du Ministre ?

D’autant que, quelques jours auparavant, Blanquer annonçait que 5 à 8 % des élèves avaient été « perdus » par leurs professeurs, qui ne peuvent pas les joindre… Aurait-il trouvé une solution miracle pour les retrouver d’ici vendredi (date de départ en vacances de la 1ère zone) ?

Ironie et cynisme

Si le Ministre voulait réellement réduire l’écart entre les élèves et proposer à ceux qui n’ont pas suivi les cours et enseignements dernièrement des remédiations, il faudrait surtout se poser la question du pourquoi. Pourquoi n’ont-ils pas pu suivre ces enseignements ?
Manque de matériel informatique (pour exemple, dans une classe de 24 élèves d’une école d’Auxerre, il s’est avéré que 17 familles n’avaient pas d’ordinateurs ! Elle est là la réalité !), pas de connexion internet, mais aussi décalage entre le travail scolaire et ce que peuvent faire les parents pour aider leurs enfants, familles déjà bien occupées à gérer le quotidien et qui ne peuvent pas ou se sentent incapables de gérer le scolaire en plus...
Quelle solution propose notre Ministre ?
Des heures en plus à distance, donc nécessitant du matériel informatique, internet, ...
Quelle ironie !!!!!

Après que ce Ministre et ses prédécesseurs aient réduit drastiquement les moyens en enseignant-es spécialisé-es, après avoir supprimé les Plus de Maîtres Que de Classes, après avoir réduit à peau de chagrin la formation continue des enseignant-es, le Ministre annonce royalement 6h pour les élèves les plus en difficulté quand on sait que l’école française est championne des écarts entre les résultats des élèves !
Quel cynisme !

Non M. le Ministre, 6h ne suffiront pas !
6h sur le temps de vacances, dont ces élèves également, ont besoin ne conviennent pas !
Ce dont ces élèves ont besoin ce n’est pas de plus d’école mais de mieux d’école !

Une école avec des classes à effectifs réduits dans chaque niveau, une école avec des Rased largement renforcés pour pouvoir s’occuper sur le temps de travail des élèves en difficulté, et ce, dès les 1ères années de maternelle. Une école avec des enseignantes et des enseignants formé-es tout au long de leur carrière, participant à de véritables stages de formation continue de plusieurs semaines, dont les contenus ambitieux les confrontent aux travaux de la recherche. Une école dans laquelle les enseignant-es soient eux-mêmes les experts professionnels de leur pratique, rémunéré-es dignement et travaillant dans des conditions sereines, avec du temps pour réfléchir et travailler en équipe.

On ne cesse d’entendre que le monde après Covid 19 ne sera pas le même. Mais si l’on regarde les réponses apportées par certains, on peut s’inquiéter.
L’école ne résoudra pas les inégalités scolaires à coup de stages de remise à niveau, tout comme l’hôpital public ne pourra pas être redressé par un appel aux dons !

Un changement profond de système doit permettre de redistribuer les richesses là où il y en a besoin : les services publics qui servent l’intérêt général de toutes et tous et non les intérêts de certains particuliers.

Cette crise fait apparaître les missions essentielles et les métiers, tant dévalorisés en temps ordinaires (au passage, métiers essentiellement féminins) que sont les métiers du soin, du social, de l’entretien, de l’enseignement...

Mais tout cela vous le savez, alors pourquoi une telle annonce ?

D’abord parce qu’il s’agit là d’une annonce-vitrine pour plaire à l’opinion publique, aux parents, y compris aux parents non concernés, qui pourront être leurrés en croyant que ce soutien constituera une mesure sociale forte, capable de réduire les inégalités scolaires. Autrement dit, une annonce qui peut sembler au premier abord séduisante pour qui ne prend pas le temps de s’y arrêter et d’entendre une autre réalité.
Il s’agit donc d’un dispositif paillettes.

Mais derrière cette esbroufe pour les familles, que disent ces dispositifs pour le monde enseignant ?
Le message qui passe en filigrane c’est que certes vous avez bien travaillé, les profs, mais quand même, il ne paraît pas aberrant que vous continuiez à travailler pendant vos vacances…
On connaît suffisamment le couplet sur les enseignants qui auraient de nombreuses (trop) vacances…
Bien sûr, les enseignant-es français-es, parmi les moins bien payé-es de l’OCDE, ont besoin d’argent. Ce n’est pas sur celles et ceux qui accepteront ce dispositif que nous jetons la pierre. Mais bien sur ce Ministre qui au mieux méconnaît la réalité et au pire méprise son personnel.

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