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Quelle formation en psychologie pour les enseignants ?

dimanche 9 mars 2003, par Patrick Picard

Psycho et enseignement...

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

Quelques contributions intéressantes entendues au Forum 2002 Retz/ Le monde le l’Education

Patrick Mendelsohn, directeur de l’IUFM de Grenoble

Vouloir former des enseignants est un métier dangereux. La charge effective, ce qu’on attend de l’école est lourd, et la finesse des recherches en cours devrait nous apprendre l’humilité, alors que les formés attendent souvent des recettes toutes faites.

Former les enseignants à quoi ? Nous sommes dans une période de "restauration" : 10 ans après la création des IUFM, nombre des gens souhaitent revenir à des modèles anciens sur les disciplines, le modèle, le contrôle… Former les enseignants à un niveau Bac+5 (des enseignants qui réfléchissent, pas qui appliquent bêtement) ne peut pas se faire dans le dispositif actuel : les futurs enseignants préparent le concours, puis se retrouvent fonctionnaires, astreints à un certain nombres de tâches peu compatibles avec un modèle d’enseignant réflexif.

Nous avons hérité un modèle disciplinaire d’un autre âge : des enseignants disciplinaires enseignent à des futurs professeurs des écoles le pluridisciplinarité.

La psychologie est soluble dans les autres disciplines, comme le prouvent les analyses de Rémi Brissiaud. Je suis plutôt pour une entrée par blocs : "les troubles de la lecture", "le langage"…
Les ateliers de pratiques professionnelles nous donnent parfois mauvaise réputation, lorsque les analyses publiées sur les IUFM ne sont faites qu’en entendant les paroles des stagiaires…

Pourtant, ces ateliers de pratiques professionnelles marchent. Ce sont des endroits riches, où chacun peut parler de sa pratique ou de problèmes théoriques à partir d’expériences concrètes, pour peu que l’institution veille à ce qu’un groupe de formateurs n’y prennent pas trop le pouvoir sur les autres... La travail de groupe, ça existe, et le métier d’enseignant n’est pas une pratique libérale qu’on ne peut exercer avec le seul souci de rationnalité individuelle de l’utilisation de son temps.

Je suis effaré par la recherche actuelle sur le "bon geste" de l’enseignant, si on ne lui demande pas de se poser la question de sa pertinence et de son efficacité. Revenir à ça serait un retour en arrière, malgré les imperfections de l’IUFM actuelle.
On n’insiste pas assez sur la dimension symbolique du métier d’enseignant. Eleves, comme jeunes enseignants, projettent leurs visions sur ce que devrait être l’école. Laissons à chaque génération la liberté d’inventer leur représentation du métier. On ne parle jamais de quelque chose de politiquement incorrect : plus de 9 filles (souvent de très bonnes élèves) sur 10 enseignants formés ! Dans quelques années, il n’y aura plus un seul homme dans les écoles primaires. Imaginons la perception qu’en auront les générations de jeunes garçons qui ne se projetteront sans doute peu sur un métier d’apparence aussi homogène… La droit à la différence s’applique-t-il aussi aux enseignants, et ne fait-il pas partie des richesses nécessaires de l’Ecole ?

Comment faire ?
- Favoriser les approches interdisciplinaires, arrêter d’ajouter des disciplines. Tous les mois, nous avons une nouvelle priorité à insérer dans les modules…

- Permettre à chaque enseignant de participer au débat sur la recherche, d’être intéressé par des exposés théoriques, scientifiques à son contact…

- Faire une vraie place aux analyses de pratiques, avec différents modèles : psycho, philo, didactique… qui contribuent à la formation et la compétence professionnelle

- Avoir des moyens de formation un peu plus modernes… Quand on voit ce qui se passe à Genève (réorganisation autour d’études de cas)…Avoir une approche ingénieur, pas d’artisan. Décider, faire des choix, modifier ses plans…c’est ça, le travail d’un enseignant…

Edith Tartat- Goddet, psychosociologue, consultante.

Le savoir psychologique n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour les enseignants d’acquérir des savoirs-faire et des savoirs-être opérationnels dans leur exercice professionnel.

En effet, l’école passe d’un centrage sur les savoirs à un centrage du l’apprenant, de la classe vers l’individu dans la classe. Ceci dit, il est important que l’enseignant conserve sa place spécifique : ni assistante sociale ni psychologue.
Les contenus de formation doivent sortir du champ strictement théorique pour s’approcher des situations concrètes. Les formateurs en IUFM ne sont pas assez proches du terrain, n’ont eux-même pas expérimenté les moyens de faire face aux situations difficiles, qui leur permettraient d’être plus humbles et de rassurer les enseignants : ne pas faire face à une classe, ça peut arriver à tout le monde…

Bon nombre de représentations ne sont pas adéquates :

- la psychologie est entourée d’une aura excessive. Envoyer un enfant en psychothérapie ne peut pas réussir à tout coup à "réparer" un enfant, surtout lorsque les enfants ou adolescents refusent le pouvoir de la parole et de la réflexion proposée.

- Les savoirs-êtres relationnels à utiliser autant avec les élèves que les collègues : s’adapter, se motiver, faire les deuils nécessaires de la toute-puissance de l’institution ou de l’élève idéal. Les contenus sans contenant (savoirs-faire) glissent à travers la passoire… Pour les adolescents qui ne vont pas bien, ils est nécessaire de leurs transmettre explicitement leurs savoirs-faire. Comment se met-on au travail sur une situation qui ne vous intéresse pas ?

- On ne peut parler de formation sans parler de rapports entre formateurs et formés. La susceptibilité des enseignants leur fait parfois avoir les mêmes comportements que ceux qu’ils refusent des élèves (retards, reproches, attentes consuméristes…) . Il est difficile de demander aux élèves ce qu’on ne peut exiger de soi-même. Le travail en équipe, entre enseignants, mais aussi avec d’autres, rend nécessaire d’accepter le regard de l’autre posé sur soi…

Dominique Luciani, professeur de psychologie à l’IUFM de Paris

La formation des PE à la psychologie, c’est environ 10 heures… Ca peut paraître peu, mais c’est en progression…Un tel horaire rend difficile un enseignement de la psychologie permettant à un enseignant de comprendre comment les difficultés psychologiques d’un sujet peuvent faire irruption dans l’Ecole. Mais l’insertion de la psychologie dans les IUFM est en elle-même un problème. On l’assimile parfois au collège de philosophie, ne la reconnaissant pas forcément comme discipline autonome.

Ces limites étant posées, quelques pistes :

- il faut que l’enseignant apprenne à prendre en compte un sujet entier, pas seulement un élève confronté à une discipline.

- S’interroger davantage sur les modalités d’apprentissages
- Avoir une information sur tous les aspects de la psychologie.

Bertrand Chavaroche, CEMEA

Bien connaître les enfants, garantir un cadre, certes… Mais il y a quelques années, il existait une opportunité de faire un pas de côté pour leur future vie professionnelle ; encadrer des enfants durant leurs temps de vacances, par des stages théoriques avec des mouvements pédagogiques et, pour ceux qui le voulaient, de participer à l’encadrement de centres de vacances ou de loisirs. Il me semble que cette expérience passée n’est aujourd’hui remplacée par rien…

Une institutrice basique… (très applaudie)

C’est parce que nous avons approché les mouvements pédagogiques qu’on s’est nourris, qu’on a appris. Cette formation à l’ingénérie, j’y souscris.

Et comme je voudrais y participer ?
Mais m’a-t-on jamais demandé mon avis ? Jamais, depuis 35 ans ! Ce n’est pas avec des "savoirs-faire" que nous comprendrons la résilience… Je vais partir à la retraite, et jamais je n’ai jamais regardé aussi humblement un enfant… Relire, trouver des gens compétents, se former, analyser… j’y suis prête, mais il faut donner des racines aux jeunes… Sans les mouvements pédagogiques et une formation continue digne de ce nom, pas la peine d’en rêver…

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