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Le dispositif "Plus de maîtres que de classes"...

mardi 16 mai 2017, par SNUipp 89

Le métier

Le dispositif "Plus de maîtres que de classes" est remis en cause par le nouveau président de la République qui souhaite redéployer ces moyens pour dédoubler les classes de CP en zone d’éducation prioritaire.
Ce dispositif a été initié et défendu par le SNUipp-FSU. Mis en place depuis 2013, les premières études des chercheurs tendent à prouver que ce dispositif est particulièrement efficient pour une prise en charge différente des élèves, un autre regard sur la difficulté scolaire au sein de l’école, et permet de changer les pratiques pédagogiques progressivement dans les écoles.

Le SNUipp-FSU défendra le maintien de ce dispositif et relaie par cet article la pétition lancée par les collègues PDMQDC.

Enseignants œuvrant à des niveaux divers dans le système scolaire, tous attachés à la réussite des élèves, nous nous sommes retrouvés suite aux annonces médiatiques concernant le devenir du dispositif "Plus de maîtres que de classes". Engagés résolument pour l’accès aux apprentissages des élèves les plus éloignés des normes scolaires, nous souhaitons poser clairement un état des lieux de ce que permet le dispositif PDMQDC actuellement.

Une nouvelle valse des dispositifs

Après quatre années d’expérimentation du "Plus de maîtres que de classes" (PDMQDC) et avant toute évaluation de ce dispositif, E. Macron propose, dès la rentrée 2017, de substituer à ce dispositif des CP à effectif réduit, de 12 élèves dans les REP et REP+.

Souplesse des modalités de travail

Implanté depuis 2013 en REP mais aussi dans certaines écoles hors REP présentant des besoins particuliers, le dispositif « plus de maîtres que de classes » permet un taux d’encadrement plus fort sur les 24 heures de temps scolaire hebdomadaire et une plus grande souplesse d’organisation au sein de l’école. Un maître « en plus » facilite en effet la variation des formes de travail. Il peut ainsi intervenir au sein de la classe aux côtés de l’enseignant, mais aussi encadrer une demi-classe, en parallèle de l’enseignant, ou agir auprès d’un petit nombre d’élèves repérés. Son intervention, en priorité en Cycle 2, peut néanmoins s’élargir parfois aux cycles 1 ou 3 quand l’équipe le juge nécessaire, tout en étant attentif à éviter le « saupoudrage » des actions du maitre supplémentaire.
Chacune de ces modalités de travail est guidée par l’analyse des besoins des élèves ou des classes et engage les équipes à hiérarchiser des priorités, dans les apprentissages fondamentaux.

Effets sur les élèves

L’évaluation nationale du dispositif PDMQDC est en cours. Cette évaluation n’est pas aisée, les effets du dispositif sur les progrès des élèves sont en effet difficiles à isoler d’autres facteurs (les effets maîtres, les effets classes). Pour autant, les équipes ont l’impression que des progrès sont perceptibles : moins d’élèves non lecteurs en fin de CP, des élèves qui produisent plus volontiers des écrits. Ils disent aussi voir des progrès sur leur engagement et leur motivation.
Les effets bénéfiques du dispositif plus de maîtres que de classes tiennent donc selon les équipes au fait que travailler à deux (maître de classe et maître supplémentaire) permet d’associer deux styles d’enseignement complémentaires pour atteindre le plus grand nombre d’élèves au sein d’une même classe, et donc moduler les pratiques des professeurs. De plus, un élève en manque de confiance peut se tourner vers un deuxième référent adulte. Enfin, le dispositif offre une aide régulière et soutenue sur l’ensemble de l’année scolaire, mais modulée en cours d’année et axée sur le parcours des élèves sur l’ensemble du cycle 2.

Envisager des CP à 12 au détriment du PDMQDC :
- C’est une opération simple, qui présente le risque de ne pas agir sur une modulation des pratiques, mais seulement de rendre, par la réduction du nombre d’élèves, la classe plus supportable ;
- Même si le climat de classe a effectivement des effets favorables sur les apprentissages des élèves, un groupe classe réduit de 12 élèves pourrait reléguer à un second plan la vigilance sur l’hétérogénéité et laisser croire aux enseignants que le petit nombre ne nécessiterait pas de différenciation effective, que tout pourrait s’effectuer à 12.

Effets sur les enseignants

Le dispositif plus de maîtres que de classes a montré l’efficacité du co-enseignement sur la dynamique entre maître de classe et maître supplémentaire, mais plus largement sur l’équipe d’école. Co-enseigner, c’est nécessairement anticiper la séance à au moins deux, la co-construire, la co-évaluer. C’est alors obligatoirement parler de ce que l’on fait, de comment on le fait.
L’expérience particulière du maître supplémentaire lui confère une expertise didactique centrée sur les apprentissages fondamentaux qui permet de renouveler les pratiques communes. Ainsi de nombreux enseignants affirment qu’un co-enseignement régulier engage la dyade Maitre+/Maitre Complémentaire à oser des situations plus complexes.
Un développement professionnel est alors rendu possible par le partage de situations d’enseignement-apprentissage, par l’analyses des pratiques. C’est en effet par l’analyse des contenus et des modalités de mise en œuvre que les situations d’apprentissages peuvent être renouvelées et solidifiées.

Envisager des CP à 12 au détriment du PDMQDC :
- C’est s’écarter du co-enseignement. Ses bénéfices sont donc à nouveau dilués voire perdus et un enseignant-une classe est à nouveau remis au devant de la scène.
- C’est aussi laisser penser que le professeur peut conserver sa posture centrale de distributeur de parole et d’évaluateur des réponses des élèves. Il n’y a en effet pas de nécessité de modifier les pratiques "ordinaires" où souvent les interactions entre élèves ne sont pas prioritaires.

Effets sur les équipes (faire école)

Le dispositif "plus de maîtres que de classes" a conduit les équipes à hiérarchiser des priorités d’actions intensives au cycle 2 ; avec des aides ponctuelles et massées sur le cycle 3 qui ont aussi permis de fédérer l’ensemble de l’équipe d’école, et des interventions préventives en fin de cycle 1 pour articuler grande section et CP. Ce dispositif engage par là-même à une recollectivisation de la difficulté scolaire dont la responsabilité n’incombe pas seulement au seul enseignant de chaque classe, mais à l’équipe enseignante qui en fait collectivement l’un de ses objets de travail. Du fait de la disponibilité du M+ désengagé de la responsabilité quotidienne d’une classe, il permet de construire un rôle d’interface dynamisante entre équipe, direction et circonscription. Enfin il amorce une nouvelle dynamique dans les équipes parce que le M+ est passeur (va de classe en classe) et pollinisateur (contribue au tissage entre classes et à l’harmonisation des pratiques).

Envisager des CP à 12 au détriment du PDMQDC :
- C’est une recentration vers l’éternel "1 maître = une classe" sans plus d’échanges pour confronter ses pratiques.
- C’est remiser la dimension "travail collectif", tout comme le travail conjoint.
- C’est augmenter le nombre de classes de cycle 2, avec le risque de faire le choix de regroupement d’élèves homogènes (mettre ensemble dans une classe de CP les élèves les plus en difficulté).
- C’est ne pas rendre nécessaire l’élaboration d’un plan collectif de cycle 2 et d’école et rompre alors avec la continuité des parcours d’élèves.

Après avoir expérimenté le dispositif "Plus de maîtres que de classes" nous nous inquiétons donc de lui voir substituer "Moins de salles de classes que de maîtres" ou « Plus de classes que de salles de classes » !

Nous sommes favorables à une réduction générale des effectifs, mais nous ne souhaitons pas que le dispositif "Plus de maîtres que de classes" serve de réservoir de postes et préférerions la pérennisation de celui-ci afin de pouvoir en mesurer les effets à moyen terme. Détricoter un dispositif dans lequel les enseignants se sont fortement engagés et qui montre ses premiers effets sur la réussite des élèves nous semble précipité. Le temps de l’école n’est pas celui du politique et les enseignants ont besoin de sérénité pour accomplir leur mission.

Pour signer la pétition :
pétition pour sauver les PMQC

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