SNUipp-FSU 89

Syndicat National Unitaire des Instituteurs PEGC et Professeurs des écoles

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2° Université d’automne du SNUipp, Bombannes, du 22 au 24 octobre 2002

Les facteurs de la réussite scolaire

G. Chauveau

samedi 26 octobre 2002, par Eric Apffel

Le système scolaire

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

G. Chauveau nous montre encore une fois que si on n’a pas de recette miracle, tout ne se vaut pas... sans oublier toutefois de nous mettre ne garde contre les travaux de chercheurs -les siens en premiers- et la nécessité de croiser les regards et les entrées. Voilà un résumé le plus fidèle possible. Des propos parfois dérangeants... mais n’est-ce pas dans le débat qu’on peut construire ?


Historiquement, on parle d’effet maître et d’effet établissement. Il y a longtemps qu’on connaît l’effet maître qui joue de façon très importante avec les élèves de CSP inférieures ou en difficulté scolaire. En région parisienne, avec les mêmes élèves, les résultats l’issue du CP peuvent varier de 20 à 80%.

Il existe aussi, surtout en ZEP, le facteur zone, le facteur circonscription parfois. Il y a très peu d’étude sur ce facteur zone.


Le facteur zone

En ZEP, on dégage plusieurs constantes

1°) le pilotage

La disponibilité de ces trois personnes (IEN, principal, coordonnateur) et leur bonne entente sont importants. Devenir pilote d’une ZEP ne s’improvise pas. Il ne suffit pas d’être un bon principal ou d’avoir été un bon instituteur pour piloter une ZEP. Souvent, pour l’IEN, c’est la 5° roue du carrosse.

2°) l’existence de personnes à double casquette (inter-acteurs)

enseignant également élu, ou membre d’association qui facilite la communication entre les différents acteurs. Plus il y en a et mieux ça marche.

3°) le projet

un projet qui donne la priorité aux apprentissages scolaires est un facteur de réussite. Qui évite d’être dans la réparation et qui se centre sur les échecs ou les déficiences et les carences. Les projets axés sur l’animation et le social ont échoué. Ca marche quand il y a une très grande centration sur la réussite scolaire (une obsession)


Le facteur établissement

Anita Griset a montré que si un élève moyen moyen avait la chance de fréquenter le collège le plus performant, il passait de la 50° à la 32°. S’il était dans le plus mauvais, il passait à la 62°.

Le travail porte sur 12 écoles ZEP partout en France avec résultats au moins égaux à la moyenne nationale. On a cherché pourquoi il réussissait mieux. On a travaillé avec les résultats moyens en CE2 et 6°. Méthode des entretiens (avec tout le monde). On a retenu les points communs et les points qu’on ne retrouve pas avec 12 écoles d’un groupe témoin.

Caractéristiques matérielles :

Toutes ces écoles ont entre 8 et 12 classes et le directeur dispose toujours d’au moins ½ décharge.

organisation sociale :
- Stabilité voulue d’au moins la moitié des maîtres.
- Solidarité entre enseignants, bonne entente professionnelle, travail d’équipe, fonctionnement démocratique. Travail d’équipe signifie la pratique de l’unité dans la diversité : on tire tous dans le même sens et on se serre les coudes, on respecte le travail des autres même si les pratiques sont différentes. C’est un caractère qui manque dans les écoles témoins (présence de clans, chacun chez soi, tyrannie...)
- Le rôle moteur du directeur de l’école. Il est présenté comme très présent auprès des collègues, des élèves des parents et des autres, et ayant un rôle moteur pédagogique ou organisationnel.

Orientation pédagogique de ces écoles
- Centration sur les résultats scolaires.
- Lien avec le milieu local
- Attitude bienveillante avec le quartier, les parents et les élèves.

Effet maître

C’est celui qui apparaît comme le plus déterminant.

Étudié au CP, pour la réussite en lecture-écriture. Sur un échantillon de 10 maîtres sur des maîtres ayant une bonne réussite. On a regardé la didactique de la lecture. On a essayé de comparer avec des maîtres moins efficaces.

Le moins efficace, c’est la méthode de lecture sans méthode où on croit qu’il suffirait de mettre l’élève devant l’écrit pour qu’il apprenne à lire.

Les plus efficaces

1° caractéristique : beaucoup de temps consacré chaque jour à des activités de lecture-production d’écrits (2h30)

2° caractéristique : pédagogie ouverte, leur pédagogie ne se réduit pas à la question du choix de la méthode ou du manuel. Il savent que d’autres supports peuvent être utilisés (BCD, journal, littérature enfantine, correspondance). Ils utilisaient de temps en temps des activités non contenues dans le manuel.

3° caractéristique : une méthode très structurée. Ils utilisaient chaque jour 7 séquences pédagogiques (10 minutes) distinctes visant chacune un objectif particulier :
- un moment de langage où on préparait la séquence 2
le moment de découverte du texte.
- Découvrir le plus possible d’information sémantique. Souvent terminé par la lecture intégrale par le maître.
- Étude complète et systématique d’une phrase.
- Étude d’un mot
- Étude d’un élément de la combinatoire ou d’un élément du code grapho-phonique
- production écrite individuelle reproductive : dictée, auto-dictée, écrire un texte reprenant le thème de la lecture du matin.
- Production écrite collective avec technique de la dictée à l’adulte.


Autre travail

Travail sur un échantillon ridicule de 2 maîtres choisis parce qu’ils travaillent dans un ghetto-ZEP particulièrement difficile avec des résultats en lecture extraordinaires.

Un homme et une femme, un jeune sortant un ancien expérimenté, un issue de l’immigration et une autre d’origine populaire passée par l’EN.

4 sortes de compétences professionnelles
- compétence didactique
- maîtrise organisationnelle
- compétence sociale : bonne communication avec les élèves et les parents.
- Compétence éthique, liée à un certain engagement, une certaine conception du métier avec eux règles : « je peux et je dois réussir » et « ces élèves sont capables de réussir ».


Questions :

Les CP expérimentaux à 10 et la question des effectifs

La question des effectifs est complexe. On ne peut étudier cette question facilement parce que ce facteur n’est jamais isolé. Et de toute façon, la réussite scolaire ne dépend jamais d’un seul facteur, mais de la présence et de la concordance de plusieurs facteurs. Le travail en équipe, de façon isolé, ne permet pas non plus une amélioration. Pour les effectifs, c’est pareil. Si on baisse les effectifs dans des classe où on n’est pas persuadé que tous les élèves peuvent réussir, on risque d’être déçu. Faire du frontal, avec 15 ou avec 40 élèves, c’est pareil.
A faire auprès d’enfants jeunes, de milieu défavorisé, avec des baisses significatives (un ou deux, ça ne sert rien)

Les RASED

Rien à dire parce que pas cherché là-dessus. Pas d’étude publiée là-dessus. Au temps des GAPP, une étude avait « montré » que ça ne sert à rien. Mais cette étude de l’IREDU est contestable.

Les classes hétérogènes

Contre l’idée de ne plus parler de CP, CE1... notamment pour le cycle 2. Les cycles ont conduit certains à penser qu’on fonctionnait avec un CP en deux ans. Alors qu’on sait que le gamin en échec au CP, 9 fois sur 10, ne rattrape pas son retard. Il faut favoriser les cycles, mais garder la logique par classe : un élève de CE2 n’a pas grand chose voir avec un CM2.
Pour le principe de l’hétérogénéité. L’homogénéité n’existe de toute façon pas.
Il faut mettre des seuils à l’hétérogénéité parce que certaines situations sont ingérables. (écart de 1 10 en efficacité de lecture en 6°). A l’entrée en CP, il y a des différences qu’on n’avait jamais vu auparavant et dans la même classe, c’est ingérable. Il faut inventer des structures.

Limites de l’école devant la grande difficulté et ressources extérieures (club « coup de pouce »)

coup de pouce : action périscolaire d’aide à la lecture pour les élèves fragiles (et non AIS). Intervenants animateurs péri-scolaires. 5 élèves. Enfants qui n’ont pas l’environnement extra scolaire pour les aider. Enfants plus lents que la moyenne. Donner le soir à ces enfants ce que les enfants favorisés reçoivent à la maison. Créer une structure à laquelle va participer l’école et les parents. Le club n’est mis en place que là où les maîtres sont demandeurs. C’est gratuit mais en échange, les parents doivent venir et s’impliquer.
Les enfants en grande difficulté sont du ressort de l’AIS (RASED) mais ce secteur est sinistré.

La limitation à un seul redoublement est- elle justifiée

On ne doit pas rester dans le débat « pour ou contre ». Par contre, retenir le seul critère de l’âge pour inscrire dans telle ou telle classe est tout aussi simpliste. G. Chauveau propose qu’au CM2, au moment du passage, (10% vont grossir les rangs des décrocheurs) on crée une classe préparatoire au collège, à petits effectifs, avec un enseignant volontaire et bien formé. Cette classe pourrait être située au collège et permettrait de reprendre le cursus. Mais il est bien entendu, on peut intervenir avant.

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