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Université d’Automne du SNUipp, Bombannes (33), oct. 2002

Ecole maternelle : ni toute puissance, ni impuissante… Quels espaces de réussite possibles ?

Christine Passerieux, conseillère pédagogique, Paris

samedi 26 octobre 2002, par Patrick Picard

Maternelle

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

Quels mécanismes produisent l’échec ?

Rapport au savoir, à l’école.

L’équipe ESCOL travaille sur le rapport au savoir. "Quel conseil donnerais-tu à un camarade sur comment apprend-on ? Les "actifs chercheurs" répondent "devenir grand", "réfléchir", "chercher"… Ils savent où ils sont, en réussite ou en échec, ont une image positive d’eux-mêmes.

Au contraire, les "passifs récepteurs" ne disent "je" que pour dire "je ne sais pas", sont en posture d’attente, en veulent à l’enseignant quand ça ne marche pas, accumulent les "faire" successifs sans chercher où ça mène ni pourquoi ils sont là, pensent "coloriage" quand l’instit pense "maths", cherchent à être sage et à écouter la maîtresse… Ils ne savent pas comment on passe du "je ne sais pas" au "je sais" sinon par une opération magique. Leur rapport au langage (à l’école, ce qui organise, décrit…) est plutôt lié à l’immédiat et au faire, sans lien avec les "comprendre avec les autres". Pour eux, étudier le langage, les sons… se pose comme un problème étrange. On est, pour eux, dans l’implicite qui renvoie à nos habitus d’enseignants. La connaissance des codes de l’école (demander la parole, attendre son tour, répondre à une question dont le maître a déjà la réponse…) leur demande, pour entrer dans les apprentissages, un effort particulier, une situation d’étrangeté. Même aller tous ensemble ne récréation n’est pas "ordinaire" quand on entre à la maternelle… Se déprendre du "même", du "familier" pour apprendre en décontextualistant, ce n’est pas naturel… L’école maternelle est tout sauf maternelle…

Une fausse alternative pour la maternelle :
préparer la primarisation (performance individuelle) ou lieu de l’épanouissement de soi ? Les deux voies sont une impasse, reportent la question de l’accès au savoir.

Quels facteurs de réussite :
- le regard que l’on porte sur les élèves, la façon dont on les appréhende : tous les élèves sont capables de réussir leur propre développement et d’avoir une action sur le monde.
- Ne pas les imaginer que comme ayant des manques, transformer son regard sur eux et leurs familles qui ne sont pas des ennemis : nous avons avec eux le projet de faire réussir leurs enfants.
- la conception qu’on a du savoir : pensé comme une culture commune, non pas une marchandise à capitaliser pour "passer" et réussir, mais qui s’accroît d’être partagé, qui ne se transmet pas mais se construit dans une pensée critique, des problèmes à résoudre, des tâches à faire non pas en accumulant, mais leur compréhension et leur mise en lien : découvrir quelle réflexion ils mènent derrière chacune de leurs actions
- mener un travail sur la perception de leur statut d’élève, ses attentes, son avenir ou son passé dans l’école… et aussi pourquoi on fait ça à ce moment-là… et qui est qui (l’instit, l’ATSEM, la directrice…)
- mettre au centre l’activité intellectuelle des enfants, afin qu’ils puissent mettre en mots, commencer à intellectualiser, à dire comment ils ont fait… à aller du simple au complexe et du complexe au simple…
- les faire mettre en scène les questions qu’ils se posent : "pourquoi je ne coule pas à la piscine ?"
- faire attention à ce que la tâche prescrite ne soit pas plus prégnante que l’activité (colorier ou trier ?), expliciter les objectifs, la démarche
- travailler à ce qu’est un processus d’apprentissage : comment se rendre compte qu’on est en train d’apprendre ? ("comment apprends-tu à faire du vélo ? Il faut un vélo, je n’apprends pas du premier coup, je dois parfois tomber, le matin je sais, l’après midi je ne sais plus…)

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