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Syndicat National Unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC

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Université d’Automne du SNUipp, Bombannes (33), oct. 2002

Géographie à l’école : Quels enjeux, quelles pratiques ?

Olivier Belbéoch Univ. Paris V

samedi 26 octobre 2002

Contenus d’enseignement, disciplines, matières...

Attention, cet article est ancien. N'hésitez pas à vous adresser à la section pour vous assurer que les renseignements qui y figurent sont toujours valables.

Un jour que je demandais à des collègues, au Liban, de me faire la plan pour aller à leur école, j’ai été frappé de voir combien leur relation à l’espace était totalement perturbée par la situation catastrophique de leur environnement… J’ai donc travaillé sur les dessins par lesquels les enfants décrivent l’espace. Ca a remis en cause tout ce que je pensais savoir sur la construction de l’espace (de l’espace proche à l’espace lointain)
L’identité se construit par rapport à territoire, maillé à différentes échelles : j’appartiens au 9-3. Mais aussi à une commune, un quartier, une cage d’escalier, et je marque mon territoire. Le repli communautaire se traduit de manière spatiale, par l’apparition de ghettos de riches et de pauvres. Il déborde largement sur l’école.

Ce défaut de rapport à l’espace amène des inadaptations au collège, lues par les enseignants comme des "défauts de méthodologie" ("pas assez mur, autonome"). Le collège est le moment ou les élèves se confrontent à d’autres, dans un territoire plus grand que celui de l’école. Cette confrontation peut amener à l’affrontement pour celui qui ne vous ressemble pas. Les rackets ne naissent pas de générations spontanées à l’adolescence. Ça sort de manière violente quand l’enfant grandit. L’Autre est perçu comme un ennemi, l’extérieur comme un élément d’insécurité. La relation est très symbiotique entre l’enfant et son territoire. Cela interpelle.

Cette entrée dans la géographie peut paraître lointaine. Mais la marque "Nike" l’utilise dans sa campagne de publicité :
"C’est beau, deux êtres qui s’aiment, mais moins que deux êtres qui se battent".
"Gardez votre pitié pour les causes humanitaires".

En quoi cette relation pathologique avec l’espace trouve sa source plus jeune ?
On parle de l’illettrisme, mais pas de son corollaire : l’illettrisme spatial et temporel. Pourtant, on peut le repérer dans l’utilisation de la page, à travers des difficultés à se représenter ce qu’on attend de lui, les tâches à effectuer, les procédures à mettre en œuvre.

Face à ces difficultés, les réponses cliniciennes (orthophonie) sont inadaptées pour traiter des dysfonctionnements spatio-temporels. Il ne faut pas minimiser l’écart trop grand entre ce qu’on fait aux cycle 1 (où on travaille les déplacements, les ordres, les chasses au trésor) et le cycle 2 : lire, écrire, compter alors que les enfants ne sont pas mûrs. Il a pourtant tout le cycle II pour l’acquérir. L’histoire et les sciences n’existent pas, et on arrive au cycle III avec de l’Histoire (et parfois de la géographie en coloriant les mers en bleu…)

Une recherche INRP sur la pratique de la géographie : 4% n’en font jamais, 50% disent en faire "régulièrement".
Le drame de la géo, c’est que c’est conçu comme du savoir universitaire es-faculté. D’autres pays n’enseignent pas la discipline histoire-géo, où les rattachent à d’autres disciplines (sciences, humanités…). Même quand il en fait, l’enseignant ne se sent pas capable, et régurgite son savoir universitaire.

L’idéologie, fondement de la géographie ?

A chaque époque de l’histoire, la géographie est marquée par énormément d’idéologie :
- la défaite de 70 est expliquée par l’inintérêt des soldats pour leur territoire, on travaille sur la carte d’état-major (territoire à reconquérir) et le plan du cadastre (respect de la propriété).
- L’après-guerre de 14, c’est la glorification coloniale et le prosélytisme européen dans le monde, puis l’Union Française, la reconstruction de la France, la démographie et le repeuplement (tout le manuel de 1947 est centré sur les familles nombreuses…).
- - La France Gaullienne, magnifiant le génie créateur français : l’usine marémotrice de la Rance, la caravelle, les réacteurs nucléaires, le Concorde… La réalité économique et industrielle n’apparaît que très récemment.
- Au moment des instructions de 85, on intègre l’idée de "paysage" et pas seulement à ce qui était invariant.

L’entrée de l’Homme, dans son rapport avec les espaces.
On commence lentement à changer : on observe, on décrit, on met en relation, on cherche ce qui est visible, invisible, ce qu’untel perçoit et que l’autre ne voit pas.
Décentralisation oblige, c’est la région qui apparaît, puis l’intégration de l’Europe

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